Voleur d’Art

Avec le temps, la sécurité est devenue omniprésente dans notre société et plus particulièrement dans les lieux privés et/ou de “valeur” comme les banques et les musées. Pourtant, il arrive encore régulièrement que des vols aient lieux dans ces endroits apparemment inviolables.

De tous temps, généralement pour des raisons financières, des esprits brillants mais dérangés ont tenté de déjouer les filets de protection qui entourent les objets de valeur.

Même si on ne cautionne pas ces actes, le public a toujours eu une admiration pour ceux qui sont suffisamment intelligents pour trouver les failles et les contourner. Il suffit de voir le succès au box-office des films de la saga Ocean (plus de 9 millions de spectateurs) dans lequel une bande monte un casse extrêmement ingénieux - à moins que ce ne soit la présence de Brad Pitt et George Clooney au générique. Bref, toujours est-il qu’encore récemment un vol au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris a défrayé la chronique.

Revenons sur quelques uns des vols ayant le plus marqué la population :

• La Joconde, tout d’abord, a beau être l’un des tableaux les plus surveillés, a été volé il y a bientôt de cela un siècle.

C’est le peintre Louis Béroud qui donna l’alerte au matin du 22 août 1911. Alors qu’il se rendait au Louvre pour faire un croquis de la Joconde, il ne trouva rien d’autre qu’un mur vide. Surpris, il questionna les gardiens qui expliquèrent que le tableau était très probablement à l’atelier photographique. Après quelques heures, les employés du musée durent se rendre à l’évidence, La Joconde a été volé.

Pendant plusieurs mois les spéculations les plus folles furent entendues : le coupable serait Guillaume Apollinaire, ancien employeur de Géry Pieret ayant lui-même volé des statuettes au Louvre. Plus tard, la police soupçonne Pablo Picasso. En parallèle, l’écrivain italien Gabriele D’Annunzio avoue avoir fait le coup. Mais tout ceci n’est qu’un ramassis de mensonges si bien que la Société des Amis du Louvre, désireux de récupérer la toile de de Vinci, offre carrément une récompense de 25 000 francs. Les enchères montent et un anonyme propose alors le double. C’est également cette somme que la revue L’illustration promet d’offrir.

Après plus de deux années de recherches, le tableau est finalement retrouvé. Pendant tout ce temps, il avait été en possession de Vincenzo Perugia, un vitrier ayant participé aux travaux de mise sous verre de certains tableaux du Louvre. Parce que le tableau n’est pas très grand, il était caché dans une valise, elle-même rangée sous un lit. Notre homme mordit à l’hameçon lorsque Geri, un antiquaire florentin, passa une annonce proposant d’acheter des œuvres d’art.

Parce que les évènements de ce genre sont de bonnes bases pour des scénarios, Michelle Deville s’inspira de ce fait divers pour réaliser le film On a volé la Joconde.

• En Italie cette fois, dans le village de Bettona, vingt-neuf tableaux ont été volé en 1987. Ce cambriolage a eu lieu à la pinacothèque et parmi les toiles manquantes se trouvait une œuvre de Perugin, un peintre italien de la Renaissance.

Depuis 1969 - l’année où La Nativité de Caravage a été enlevée à Palerme et reste, depuis, introuvée - une unité spéciale a été créée en Italie afin de lutter contre le trafic d’œuvres d’art. C’est grâce à cette section et la collaboration des polices de sept pays (les États-Unis ainsi que six pays d’Europe) que l’affaire a été résolue. Après une enquête approfondie de plus de trois ans, les tableaux, tous en bon état, ont été retrouvés en Jamaïque, dans les affaires d’un sénateur qui a été condamné alors à deux années de travaux forcés.

• Malheureusement, le vol de toiles de maîtres sert parfois à financer des trafics de drogue. Les membres de l’unité spéciale de lutte contre le trafic d’œuvres d’art est alors amené à travailler en étroite collaboration avec l’unité de lutte anti-drogue. Ainsi, en 1986, les carabiniers - équivalent italien de nos gendarmes - sont appelés en renfort pour enquêter sur un vol à Dublin. Martin Cahill, un gangster irlandais, avait braqué un fourgon blindé contenant 18 toiles de la collection de Lord et Lady Beit afin de les utiliser comme monnaie d’échange pour acheter des armes et de la drogue. Parmi les œuvres volées se trouvaient des toiles de Goya, Rubens et Vermeer. La perte était estimée à 50 millions de livres sterling soit 76,2 millions d’euros.

Après qu’une enquête ayant remonté les circuits de blanchiment d’argent dans les zones offshore comme l’île de Man en Grande-Bretagne et Antigua aux Caraïbes, certaines toiles sont retrouvées. La première, en 1990, à Istanbul puis trois autres à Londres. Quatre autres toiles ont été déposées dans une banque luxembourgeoise après qu’elles aient été gagées sur un prêt accordé à un diamantaire. Malgré plusieurs années d’enquêtes, trois toiles restes manquantes.

Cet autre fait divers à inspiré les cinéastes ce qui a donné lieu à deux films, Le général de John Boorman, en 1998 et, l’année suivante, Ordinary Decent Criminal de Thaddeus O’Sullivan.

(extrait du film Ordinary Decent Criminal)

• Autre tactique, certains volent des tableaux, un peu comme on prend un otage, pour réclamer une rançon auprès des propriétaires ou des assureurs. La petite-fille de Picasso en a fait l’expérience en 2007 lorsqu’elle a été cambriolée. En s’échappant avec deux tableaux ainsi qu’un dessin, les voleurs sont partis avec des biens estimés à 50 millions d’euros !

L’histoire se termine bien puisque la police a récupéré les œuvres six mois plus tard sans qu’un seul centime n’ait été donné en rançon.

• En 2004, nous avons appris via les médias que deux tableaux de Munch, Le Cri et La Madone, avaient disparus d’un musée d’Oslo. Ces deux œuvres majeures estimées à plus de 83 millions d’euros ont surtout la particularité d’avoir été enlevées en plein jour, par deux hommes armés, devant les visiteurs médusés et  surtout, en moins d’une minute. Cette histoire a fait beaucoup de bruits à l’époque mettant en doute la sécurité appliquée dans les musées.

Heureusement, après deux ans d’enquêtes trois hommes sont arrêtés et les tableaux retrouvés, très légèrement endommagés.

• Il y a deux ans, en Suisse cette fois, quatre toiles de maître sont emmenées par trois hommes cagoulés. Qualifié de “casse du siècle” du fait de la valeur du vol, environ 112 millions d’euros, l’affaire connaît vite un rebondissement puisque seulement huit jours après l’évènement, deux tableaux sont retrouvés dans une voiture garée sur le parking de la clinique psychiatrique de Burghölzli. Ainsi, le Marronnier en fleurs de Vincent Van Gogh et le Champ de coquelicots près de Vétheuil de Claude Monet peuvent retourner au sein du musée de la Fondation  et Collection E.G. Bührle de Zürich. Les deux autres tableaux volés sont Jeune garçon au gilet rouge de Paul Cézanne et Comte Ludovic Lepic et ses filles d’Edgar Degas.

• Il a deux semaines de cela, cinq toiles ont été volées au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Une personne s’est introduite dans l’établissement en découpant la vitre d’une immense porte-fenêtre puis en cassant le cadenas de la grille de protection. L’alarme ne s’est pas déclenchée et le voleur s’en est allé avec son butin par le Quai de New-York, endroit extrêmement passant, sans se faire remarquer. La perte est estimée à 100 millions d’euros. En réalité, un problème de fonctionnement de l’alarme dans une zone du musée avait été signalé dès le 30 mars mais le matériel n’avait toujours pas été livré au moment des faits.

Pour l’heure, la mairie de Paris a ouvert une enquête pour essayer de déterminer «si des carences techniques ou humaines ont contribué à rendre possible l’effraction».

Voici les cinq tableaux qui ont été volés :

- La Nature Morte aux chandeliers de Fernand Léger

- La Femme à l’éventail d’Amedeo Modigliani

- Le pigeon aux petits pois de Picasso

- La Pastorale d’Henri Matisse

- L’Olivier près de l’Estaque de Georges Braque

Reste à savoir si, aux vues des éléments de l’enquête, la France fera appel à la brigade spécialisée italienne qui, depuis sa création, a retrouvé 180 000 œuvres d’art et 360 000 objets archéologiques. Le chiffre est impressionnant mais les toiles de maître, puisque difficiles à voler et surtout à revendre, représentent un faible pourcentage. 40 % des vols touchent les collections privées et les églises. Dans ces dernières, certains volent même les bancs afin d’avoir du bois ancien qui sera ensuite utilisé en tant que support pour des peintures de contrefaçon afin qu’elles soient plus facilement analysées comme datant de plusieurs siècles.

30 000 objets issus de fouilles clandestines sont également retrouvés chaque année. Cela correspond au nombre d’objets que comprend en moyenne la collection d’un musée entier. Dans le monde, le trafic de biens culturels est le troisième plus important derrière celui de drogue et d’armes.

En attendant de connaître le fin mot de l’histoire, d’ici un mois, un an, une décennie… je ne peux pas parler de vols d’œuvres d’art sans citer Stéphane Breitwieser, “l’Arsène Lupin des musées”. Pendant plusieurs années, cet homme, accompagné de sa petite amie, a dérobé environ 280 œuvres dans plusieurs pays d’Europe. Ses vols n’étaient pas orchestrés pour l’argent puisque notre homme gardait tout son trésor précieusement chez lui. Il aurait fait tout cela par amour des belles choses et de l’art.

Dans son livre Confessions d’un voleur d’art, rédigé en prison, il raconte qu’il voulait faire de sa chambre le plus beau musée du monde. En effet, après avoir écumé les églises, les musées, les châteaux et même les salles de vente, Stéphane Breitwieser avait amassé chez lui des pièces d’orfèvrerie inestimables, des toiles de Van Dyck, Watteau,… ainsi qu’une tapisserie de dix mètres carrés, pourtant peu discrète à dérober.

Après avoir été arrêté en 2001, on l’a accusé d’avoir volé 230 œuvres or, dans son livre, il parle de 50 pièces supplémentaires dont la toile de Corot, Le Chemin de Sèvres, volée au Louvre en 1998.

N’ayant plus de traces, à l’heure actuelle, de notre homme, certains ont envisagé la possibilité qu’il soit l’auteur du vol au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Cette piste a vite été éliminée compte tenu du mode opératoire totalement différent (vol de nuit alors que Stéphane Breitwieser dérobait en plein jour).

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