Procrastination

Le dimanche, plus qu’aucun autre jour, on a le droit de ne pas faire ce que l’on devrait faire. C’est typiquement le jour où l’on se dit qu’il faut ranger, finir les travaux, trier, rattraper le retard de courrier, nettoyer en grand,… Mais puisque le septième jour, Dieu se reposa, pourquoi ne pas en faire autant !

Je ne sais pas si le terme de procrastination vous est familier mais disons que c’est un peu le terme qui me définit le mieux ces derniers temps. Pour résumer, c’est l’art - oui, oui, c’est un art qui n’est pas accessible à tous - de tout remettre au lendemain. N’y voyez pas forcément un désintérêt pour tout avec tendance  limite dépressive. Non, non.

C’est plutôt ne pas réussir à commencer et donc trouver mille et une excuse pour retarder ce moment “désagréable” ou tout du moins qui nécessite un effort. On peut alors se faire un thé, chercher le bon crayon, regarder ses e-mails, faire la vaisselle, lister les choses qu’il faut faire - j’adore les listes ! - et ainsi retarder le moment où l’on sera bien obligé de les faire.

Le risque  c’est que tout n’a pas une échéance comme le paiement des impôts sur le revenu et on ne risque pas une majoration de 10% en plus lorsqu’il s’agit de ranger la pile de bouquins qui traîne. Quoi que, on finira bien par acheter d’autres livres et on se dira alors “aaargh, faudrait vraiment que je réorganise la bibliothèque, ça déborde de plus en plus, c’est moche, c’est pas pratique et ça m’énerve“. Sauf que… ça n’arrive jamais, ou presque. Il y a fort à parier que dans 6 mois ce sera toujours la même chose.

N’y voyez-là aucun rapprochement avec les mauvaises habitudes d’une partie de la gente masculine à qui l’on reproche d’être souvent plus bordélique. Ça n’a aucun rapport. On peut, comme moi, être très organisé et se retrouver complètement englouti dans la procrastination.

Je vous rassure, pas besoin de médicament mais d’un bon coup de pied au cul. Disons qu’il faut déjà réaliser qu’il y a un problème et tenter d’y remédier. Enfin pas juste lister les problèmes et laisser de côté cette liste parce que ça, c’est tout à fait un exemple de procrastination et le serpent se mord la queue !

Pour qu’il soit motivé, le procrastinateur doit y trouver une satisfaction relativement immédiate. Si tel n’est pas le cas, il continuera à retarder ce qu’il doit pourtant faire. On peut croire que ce dernier à la belle vie mais pas du tout, ne pas faire les choses qu’il doit pourtant faire le fait culpabiliser et ce mal être l’enfonce encore un peu plus dans l’envie et le besoin de procrastiner.

Il ne faut pas non plus rapprocher la procrastination à de la paresse. Un procrastinateur est capable d’exécuter énormément d’actions dans une journée.  Beaucoup de choses sauf… ce qu’il doit VRAIMENT faire. Certains préfèrent travailler dans l’urgence car ils apprécient la bouffée d’adrénaline. Mais pour beaucoup, c’est davantage un besoin de perfectionnisme et une peur de l’échec qui paralyse tout le corps.

Beaucoup d’étudiants sont confrontés à ce problème. À croire que l’on attend beaucoup de nous et qu’on ne doit pas décevoir notre entourage, on repousse le début des révisions en se disant qu’on ne dispose pas du temps qu’il faudrait dans l’idéal et qu’on aura fait ce qu’on a pu mais que forcément, si on avait eu plus de temps, on aurait pu être encore meilleur (même si le résultat obtenu est très convenable). Finalement, ça n’est pas notre faute.

Parce que ça n’est jamais le bon moment, parce qu’on sera plus en forme le lendemain, parce qu’il faut d’abord passer un coup de fil… on repousse cette confrontation inévitable avec la chose. À manquer de confiance en soi et/ou à ne pas supporter de ne pas faire les choses parfaitement, du premier coup, on préfère trouver toutes les excuses possibles pour ne pas se confronter au risque d’apparaître moins doué aux yeux des autres.

L’écrivain français Marcel Jouhandeau disait « C’est parce qu’on imagine simultanément tous les pas qu’on devra faire qu’on se décourage, alors qu’il s’agit de les aligner un à un. ».

Voilà ce qu’il faut que j’arrive à me rentrer dans le crâne.

Le psychothérapeute Benjamin Lubszynski conseille, dans cette vidéo adressée aux procrastinateurs dont je fais partie, de prévoir de faire plusieurs choses agréables ainsi qu’une désagréable afin de se motiver et de ne pas laisser traîner. Et puis, au fur et à mesure, il faut augmenter doucement la complexité.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire l’ouvrage du thérapeute Bruno Koeltz, Comment ne pas tout remettre au lendemain.

Si vous voulez juste perdre 5 minutes, alors allez faire un tour sur le blog de la procrastination utile. Et si vous êtes vraiment un artiste dans l’art de la procrastination, alors passez directement à la vitesse supérieure avec le site 10 minutes à perdre.

Pour finir, je vous propose ce court-métrage d’animation de Johnny Kelly qui tente d’illustrer, en images, ce qu’est la procrastination. Ce projet a été réalisé en tant que film de fin d’étude du Royal College of Art.

EDIT : Le sujet tombe à pic puisque jeudi 25 Mars a eu lieu la première journée mondiale de la procrastination ! Cette idée a été lancée par la maison d’édition Anabet qui publiera le 23 Avril le livre Demain, c’est bien aussi de Kathrin Passig et Sascha Lobo. Cet ouvrage fait écho au site internet du même nom et qui tend à donner la parole aux procrastinateurs de France avec pour mot d’ordre ” Procrastiner, c’est prendre son courage à demain “. Parce que la procrastination est considérée par certains comme une défense immunitaire face à notre société qui devient de plus en plus complexe à gérer, je pense que l’on n’a pas fini d’en entendre parler.

© Les paresseuses, procrastination couleurs-noir&blanc, écrivain

© 2007 Royal College of Art & johnny kelly

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2 commentaires pour “Procrastination”

  1. Fanny dit :

    Une professionnelle anonyme :p
    Comment faire le ménage de printemps chose au combien relou le dimanche au lieu de travailler, ou pire nettoyer et réorganiser son appartement en période de révision.
    Nombre de fois ma chambre a été rangée, et ma dissertation a été en attente, ou ma vaisselle faite en attente d’une traduction.
    Ou encore mon travail scolaire au lieu de ma lettre de motivation.
    Ou tt simplement je n’aurais jamais le temps, mieux vaut ne pas commencer car après ce sera le chantier…
    Et j’en passe et des meilleures

  2. Culture Confiture dit :

    @ Fanny : lirais tu dans ma tête ??? aurions-nous l’esprit aussi torturée…?

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