Oscar du court-métrage d’animation

Aujourd’hui mercredi, jour des sorties, je vous propose une séance cinéma un peu particulière. Puisqu’il est plus facile de voir les longs-métrages, intéressons-nous aujourd’hui aux films plus courts. Pour être considéré comme des courts-métrages par le CNC, les films ne doivent pas excéder 59 minutes (45 minutes aux États-Unis). Mais le plus souvent, ils durent moins d’une demie-heure.

Quitte à regarder des réalisations moins connues, autant s’intéresser à la crème de la crème à savoir la sélection des court-métrages nommés aux Oscar. Et plus particulièrement ceux de la catégorie animation.

Au programme, cinq courts-métrages dont deux réalisés par des français, et oui c’était cocorico’s touch à Hollywood cette année.

Pour commencer et sans préférence aucune - même si j’ai beaucoup aimé - voici un film bien français.

• FRENCH ROAST (8′17) de Fabrice O. Joubert

L’action se déroule dans un café parisien, le style typique de la brasserie aux décorations Art Nouveau. Nous sommes dans les années 60, un homme d’une certain rang social boit son café tout en lisant le journal. Il demande l’addition…

Je ne vais pas vous dévoiler toute l’histoire mais je vous conseille fortement ce film. L’aspect France d’antan avec un Paris sublimé (en apparence seulement) m’a fait penser à ce que l’on retrouve un peu dans Ratatouille. Les personnages sont bien travaillés, avec une vraie personnalité. J’ai beaucoup aimé l’ambiance visuelle de l’ensemble (couleurs, lumières).

Derrière cette histoire se cache Fabrice O. Joubert, un ancien de l’École des Gobelins ayant fait ses preuves un peu partout : il est entre autre au générique du Prince d’Égypte de Dreamworks ou encore à celui de Wallace & Gromit : Le Mystère du Lapin Garou des Studios Aardman. Pour ce projet, il a travaillé avec les sociétés de production The Pumpkin Factory et Bibo Films.

Pour en savoir un peu plus sur la fabrication de ce film, je vous invite à consulter le blog de French Roast.

• GRANNY O’GRIMM’S SLEEPING BEAUTY (6′) de Nicky Phelan

Cette fois, ce film d’animation nous vient d’Irlande. Le film a été réalisé par Nicky Phelan (Crap Rap) et produit par Brown Bag Films. Selon les moments, ce court-métrage est en 2D ou en 3D.

L’idée du scénario de cette grand-mère racontant à sa petite-fille une version assez effrayante de l’histoire de La Belle au Bois Dormant est directement inspirée d’un des personnages de l’humoriste Kathleen O’Rourke. C’est d’ailleurs la comédienne elle-même qui double la voix de la vieille dame.

Le film n’est pas mauvais mais disons que j’ai été moins sensible au traitement choisi pour la partie qui illustre le livre (en 2D). Et puis de toute façon si je devais faire un classement entre ces cinq films, il faudrait bien en choisir un pour la cinquième position alors…

• THE LADY AND THE REAPER (7′38) de Javier Recio Gracia

Encore un film européen mais cette fois il faut viser plus au sud et se rendre en Espagne.

Alors qu’une vieille dame souhaite s’éteindre paisiblement pour enfin rejoindre son mari décédé, un combat entre la vie et la mort vient bouleverser ses plans.

Note : le film est en anglais mais soyez rassurés, il n’est pas nécessaire d’être bilingue pour apprécier ce film qui fonctionne beaucoup visuellement. De même, ne vous fiez pas au style du générique façon Art Nouveau, le graphisme du film n’a rien à voir.

Écrit et réalisé par Javier Recio Gracia au sein du studio Kandor Moon, le film a été co-produit par l’acteur Antonio Banderas. On doit cette bande son sympathique à Sergio de la Puente.

Avec ce film, on retourne aux sources du dessin-animé plus dans la veine Tex Avery. C’est le style même des cartoons avec des courses poursuites, des choses irréelles… L’ensemble est bien travaillé et certaines scènes sont simplifiées graphiquement afin d’apporter du punch à l’histoire.

Pour découvrir les coulisses de la création de ce court-métrage loufoque, rendez-vous sur le blog qui lui est dédié.

• WALLACE & GROMIT : SACRÉ PÉTRIN (29′) de Steve Pegram, Nick Park et Bob Baker

Cette fois Wallace & Gromit sont boulangers, enfin surtout Gromit car Wallace, comme toujours, préfère dormir. Mais une menace est en train de s’abattre sur les boulangers de la région, victimes d’un serial-killer. Heureusement pour Wallace, l’amour est au rendez-vous ce qui lui permet d’oublier tout ça.

C’est le film le plus long de cette sélection puisqu’il dure quasiment une demie-heure (comme la plupart des aventures de Wallace & Gromit). Un conseil, préparez-vous un bon thé anglais - avec un nuage de lait, très important le nuage de lait ! - et profitez de faire une pause en rigolant face à ce duo toujours aussi plaisant.



Lorsqu’on s’apprête à regarder une aventure de Wallace & Gromit, pas d’inquiétude à avoir. Les Studios Aardman nous ont prouvé depuis longtemps qu’ils maîtrisaient leurs techniques et ils nous offrent, encore une fois, un travail de qualité. Peut-être même avez vous déjà vu ce film diffusé en exclusivité sur M6 pour Noël 2008.

Cette co-réalisation est menée, comme toujours, par Nick Park, le créateur de Wallace & Gromit. Pour l’anecdote, le réalisateur a fait naître ces personnages pour son film de fin d’études (Une Grande Excursion) et c’est à cette époque qu’il s’est fait repérer par les Studios Aardman avec qui il collabore encore aujourd’hui. Il avait même obtenu, par la même occasion, sa première nomination aux Oscar du meilleur court-métrage d’animation (1991).

Certains reprocheront à cet épisode de trop miser sur des blagues purement britannique et de ne pas être aussi déluré que les précédents mais quoi qu’il en soit, l’humour est toujours au rendez-vous. À noter à 6′30, une séquence romantique à la limite de l’érotisme via des parodies de films connus comme Ghost entre autre.

Pour vous plonger dans l’univers de Wallace & Gromit, allez visiter le site qui leur est dédié.

• LOGORAMA (16′05) du collectif H5 (François Alaux, Hervé de Crecy et Ludovic Houplain)

À l’heure de la société de consommation où l’utilisation des grandes marques est synonyme de réussite sociale, ce court-métrage propose aux spectateurs de se plonger dans une action uniquement constituée de logos, tous aussi célèbres les uns que les autres. L’action se déroule à Los Angeles et les personnages sont connus de tous.

Dans le rôle de la femme qui n’a peur de rien il y a la pin-up d’Esso, le méchant - façon Joker dans Batman - est incarné par Ronald Mc Donald (c’est vrai qu’il est flippant ce clown) et pour l’arrêter, il faut compter sur les muscles du Bidendum Michelin. Petit coup de cœur pour Monsieur Propre (mais je n’en dirais pas plus).

Finalement, c’est ce court-métrage français - ici en version originale anglaise - qui a remporté cette année l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation. Bon film et amusez-vous bien.


(version française avec entre autre Omar & Fred)

J’imagine qu’en dehors de l’intérêt pour cette course poursuite sur fond de fin du monde, vous avez cherché à reconnaître toutes les marques présentes à l’écran. Rassurez-vous, il y en a forcément que vous ne connaissez pas car elles n’existent pas en France et puis surtout, avec près de 3 000 logos dans le film, il faudrait plusieurs visionnages, et surtout quelques arrêts sur image, pour tous les nommer.

C’est au collectif H5 - plus connu pour ses clips comme Special Cases de Massive Attack - que l’on doit ce petit bijoux d’ingéniosité. Il leur aura fallu près de six ans pour réaliser ce projet haut en couleur et surtout sans sponsor officiel ! Plusieurs co-producteurs dont Autour de Minuit, Canal +, Addict… ont cru en leur idée.

Après l’écriture du scénario, les réalisateurs ont du caster pas moins de 40 000 logos pour finalement n’en intégrer que quelques milliers. Cette étape a pris plus d’un an ! Parce que les logos ne sont pas simplement apposés sur les immeubles, il a fallu parfois les transformer afin qu’ils prennent vie comme par exemple les papillons du logo MSN dans la scène d’ouverture. La technique d’animation employée ici est la rotoscopie c’est-à-dire la transformation d’une scène filmée en dessin animé.

Dans une interview pour Le Monde.fr, ainsi que pour le magazine Etapes, François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain parlent de LOGORAMA.

Les auteurs affirment avoir fait ce film avec une fascination pour les logos et non une volonté de faire un film anti-capitaliste. D’ailleurs, ils pensent que « chaque pays ayant ses propres codes culturels et rapports aux marques , chacun aura sa vision du film ».

Précisons tout de même que les auteurs ont pris le risque de ne demander aucune autorisation, allant directement à l’encontre des lois pour le droit à l’image. « Si nous avions demandé les autorisations, nous n’aurions pas fait le film. Mais aucune entreprise n’a demandé à ce que son logo ne soit retiré. Un patron m’a même dit qu’il n’aurait accepté pour rien au monde que son logo apparaisse, mais maintenant il ne veut pour rien au monde le retirer ! ». Et maintenant qu’ils ont gagné un Oscar et qu’ils font de la pub gratuite pendant un quart d’heure, les enseignes ne vont pas se faire remarquer en portant plainte contre le collectif H5.

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