Le Petit Prince

Je n’ai pas la prétention aujourd’hui de vous faire découvrir un livre mais simplement de vous parler d’une histoire dont tout le monde a entendu parler. Parce que l’on connaît tous la fameuse phrase “Dessine-moi un mouton“, on ne sait pas forcément pour autant ce qui entoure la création et l’histoire de ce livre.

Et pour comprendre d’où vient ce récit, il faut déjà s’intéresser à l’histoire de son auteur, Antoine de Saint-Exupéry.

Très jeune, le petit Antoine perd son père mais malgré ce tragique incident, il vivra une enfance assez heureuse, entouré de ses quatre frères et sœurs. Mais c’est surtout de sa mère qu’il sera le plus proche. Elle lui apportera des valeurs qu’on retrouve tout au long de son œuvre littéraire, comme l’honnêteté et le respect pour autrui. Elle lui offrira surtout une éducation de qualité dans différents établissements. Si bien que très tôt, le jeune homme commence à rédiger des poèmes.

À l’âge de 12 ans, alors qu’il passe des vacances près d’un aérodrome, il s’y rend régulièrement à vélo et pose des centaines de questions aux mécaniciens. Un jour, profitant de la naïveté d’un pilote, il affirmera avoir l’autorisation de sa mère pour effectuer son baptême de l’air. De cette première expérience dans les airs naîtra ce poème :

Les ailes frémissaient sous le souffle du soir
Le moteur de son chant berçait l’âme endormie
Le soleil nous frôlait de sa couleur pâle.

Durant sa scolarité, il continuera a écrire, aussi bien pour le journal de l’école que lors de concours de rédaction. Une fois le Bac en poche, il échoue au concours d’entrée de l’École Navale. Il décide alors d’aller faire un tour dans la section architecture de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts.

Mais la vraie révélation arrive en 1921, durant son service militaire, lorsqu’il devient mécanicien dans un régiment d’aviation. Il en profite pour prendre des cours de pilotage. De cette expérience de plusieurs mois il en gardera le surnom de “Pique la Lune” car notre homme était parfois trop distrait. Mais certains incidents révèleront malgré tout son sang-froid en cas de problème.

Finalement, ça n’est qu’en 1926 qu’Antoine de Saint-Exupéry vivra réellement de sa passion en rejoignant l’aéropostale. Parrallèlement à ses voyages entre Toulouse et Dakar, puis vers le Maroc, il écrit. Son premier roman intitulé Courrier sud, publié en 1929 chez Gallimard, relate en partie sa vie et ses émotions en tant que pilote.

Alors qu’il est en mission en Amérique du Sud pour plusieurs mois, il rédige son second roman, Vol de Nuit, véritable succès littéraire. C’est aussi à cette époque qu’il rencontre Consuelo Suncin Sandoval de Gómez, une artiste bohème originaire du Salvador. Il en tombe amoureux si bien que durant un voyage en avion il lui lance “embrassez-moi ou je fais plonger l’appareil “. Elle n’a d’autre choix que de l’embrasser et une fois l’avion au sol, il la demande en mariage. En plus de devenir son épouse, elle deviendra sa muse.

Peu de temps après son retour en France, il se consacre à l’écriture et devient reporter pour Paris-Soir. Il voyage au Vietnam, en Russie, en Espagne…

Fin décembre 1935, alors qu’il tente d’assurer la liaison entre Paris et Saïgon, son avion s’écrase dans le désert de Libye. Heureusement pour lui, une caravane de nomades, arrivée miraculeusement, comme tombée du ciel, lui viendra en aide. On trouve dans cette expérience la base du récit du Petit Prince qu’il écrira quelques années plus tard.

De ces voyages à l’étranger et surtout de son accident, il en écrira un ouvrage, Terres des Hommes. Cet écrit est une réflexion sur l’amitié, la mort, l’héroïsme et avant tout la condition humaine. Il écrira d’ailleurs cette célèbre phrase « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ». À propos, les gens l’associent souvent aux relations amoureuses alors que l’auteur évoquait avant tout la camaraderie. Il obtiendra pour ce roman le prix de l’Académie Française, en 1939.

La Seconde Guerre Mondiale éclate et Saint-Exupéry décide de partir en Amérique du Nord. Sa femme le rejoindra bientôt près de New-York, accompagnée d’amis eux-aussi exilés tels que Jean Gabin, Greta Garbo, Jean Renoir, Ingrid Bergman… C’est dans une maison tranquille qu’il commencera la rédaction de son ouvrage le plus connu, Le Petit Prince. Plusieurs théories sont avancées quand à la personne qui aurait inspiré le personnage du Petit Prince à Saint-Exupéry mais il est certain que Consuelo constitue, en partie, l’âme du livre. Les volcans qui envahissent la petite planète du Petit Prince seraient une référence au pays d’origine de sa femme, au Salvador. Chaque personnages (renard, serpent,…) reprendraient des traits de la riche et énigmatique personnalité de Consuelo.

Cependant, l’ouvrage ne lui a pas été dédié pour autant, Saint-Exupéry ayant préféré le dédier à son ami Léon Werth. Précisons tout de même que puisque selon l’auteur  « toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants (…) mais peu d’entre elles s’en souviennent », Le Petit Prince est dédié à son ami, mais “quand il était petit garçon“.

Cela n’a rien d’étonnant puisque les deux hommes sont amis depuis le début des années 30 et qu’ils ont entretenu une correspondance pendant longtemps. On trouve même dans l’un des courriers adressé à Léon Werth, datant de 1940, les prémices de la silhouette du Petit Prince.

Le Petit Prince sort en librairie en 1943 pour les aux États-Unis (1945 pour la France). À cette époque, Saint-Exupéry tente de réconcilier les français afin de lutter contre l’ennemi. L’auteur a du mal à se faire entendre et le public américain n’accueille pas aussi bien Le Petit Prince que ses précédents ouvrages, que la population considérait comme une réponse de la démocratie face à l’idéologie nazi. Certains trouveront pourtant des parallèles entre ce livre, soi-disant pour enfant, et l’actualité de l’époque : les 3 baobabs qui envahissent la planète du Petit Prince font étrangement penser aux trois puissances de l’Axe.

La même année, Saint-Exupéry reprend du service dans l’aviation afin d’aider son pays. Il séjourne un temps en Afrique du Nord puis en Sardaigne. En juillet 1944, il part en mission de reconnaissance photographique afin de cartographier le sud-est de la France, en vue du débarquement en Provence. Il ne rentrera jamais et compte tenu de la guerre, son avion ne pourra être recherché avant longtemps. Cet évènement a été mis en scène dans le téléfilm Saint-Exupéry : la dernière mission avec Bernard Giraudeau dans le rôle de l’aviateur.

(timbre publié à l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur)

Le mystère planera longtemps quand aux circonstances de sa mort mais suite à la découverte des débris de son avion il y a une dizaine d’années seulement, dans la mer Méditerranée, une enquête mettra à jour la vérité. En réalité, Saint-Exupéry a été abattu au-dessus de la mer par Horst Rippert, un pilote allemand qui était à la recherche d’un avion ennemi. Après la guerre, celui-ci devient journaliste à la télévision allemande (ZDF). Il dira plus tard ” J’ai espéré, et j’espère toujours, que ce n’était pas lui. Dans notre jeunesse, nous l’avions tous lu, on adorait ses bouquins. Il savait admirablement décrire le ciel, les pensées et les sentiments des pilotes. Son œuvre a suscité la vocation de nombre d’entre nous. J’aimais le personnage. Si j’avais su, je n’aurais pas tiré. Pas sur lui.” Pour en savoir plus sur le déroulement de l’enquête, consultez l’article publié dans le journal La Provence.

La majorité des ouvrages de Saint-Exupéry sont inspirés de sa vie d’aviateur. Même Le Petit Prince est considéré par certains comme étant une “autobiographie discrète”. Outre le fait que l’histoire concerne un pilote d’avion, il faut préciser que Saint-Exupéry a toujours aimer relever des défis comme apprivoiser des animaux sauvages. Pour cela, il embarquait parfois un lionceau, un renard des sables, un puma ou encore un caméléon ce qui avait le don d’irriter ses mécaniciens. Il n’est donc pas étonnant que l’auteur ait incorporé certains de ces animaux dans son livre.

Cet ouvrage a mûri pendant sept ans dans la tête de son auteur. Ce conte à la fois poétique et philosophique est aussi bien destiné aux enfants qu’à leurs parents. Le langage est simple mais non pas moins porteur de sens et d’allégories. Chaque rencontre que fait le Petit Prince en dehors de sa planète est l’occasion de mettre en avant les défauts des humains et l’absurdité de leur existence. Les aquarelles de l’auteur font partie intégrante de l’histoire. Elles sont simples et profondes à la fois. Ces images ont fait le tour du monde et représentent une certaine pureté de l’enfance.

Depuis les années 50, ce livre est devenu un véritable phénomène de société, aussi bien en France qu’un peu partout dans le monde où l’œuvre a été vendu à plus de 80 millions d’exemplaires (livre, cassette, vidéo…). Le Petit Prince se trouve même à la 4e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle (selon le vote, en 1999, de 17 000 français à partir d’une sélection de 200 ouvrages sélectionnés par des libraires et des journalistes).

Le livre a été traduit dans plus de 240 langues et dialectes. En voici la liste complète. Elle comprend les langues les plus parlées ainsi que des dialectes moins connus comme le tagalog aux Philippines, le guarani au Paraguay, le frioulan en Italie et même le toba, une langue amérindienne du nord de l’Argentine dont le seul ouvrage a avoir été précédemment traduit dans ce dialecte était Le Nouveau Testament.

Voici les couvertures des livres en breton, en khmer, en ourdou (pakistan) et en japonais.

Le manuscrit original est conservé à la Pierpont Morgan Library à New-York (sous la cote 131761). Une version française du Petit Prince, reprenant les dessins d’origine de l’édition américaine, c’est-à-dire sans perte de qualité, a été publiée en 1999.

Depuis 65 ans, on compte par centaines les adaptations et les références au Petit Prince et à son auteur légendaire Antoine de Saint-Exupéry. Des plus logiques au plus farfelues, voici une sélection de ce que l’on a pu voir de par le monde.

Les sites Internet officiels du Petit Prince et d’Antoine de Saint-Exupéry offrent de nombreuses informations.

Le nom de Saint-Exupéry, tout d’abord, a été donné à des rues, des établissements scolaires, des aérodromes, des cinémas,…

Plusieurs statues ont été créé dont l’une à Lyon, sur la place Bellecour (l’auteur et son personnage) et une autre, plus récente, dans la cour de la bibliothèque publique de Northport (États-Unis), ville où Saint-Exupéry rédigea Le Petit Prince.

Afin de rendre hommage au créateur et à son œuvre, la France a établi un timbre (voir ci-dessus) ainsi qu’un billet de 50 francs. Y sont représentés Saint-Exupéry, son avion, le Petit Prince ainsi que le dessin du boa ayant avalé un éléphant tout rond.

En 1999, un musée a été créé au Japon, pays où le livre est l’ouvrage français le plus populaire. Situé à Hakone, près du Mont Fuji, il comprend un musée sur Saint-Exupéry, des représentations grandeur nature du Petit Prince, une reconstitution de la région où a grandit l’auteur, un jardin à la Française où l’on voit la façade grandeur nature du château de Saint-Maurice-de-Rémens dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de dix ans,… Plus de photos sur cette page.

Viennent ensuite les adaptations de l’œuvre en elle-même.

En littérature, pendant longtemps, personne n’a osé toucher à cette œuvre majeure. Il existe cependant une suite, officielle uniquement en argentine, qui montre un Petit Prince adolescent. El regreso del joven principe a été rédigé par le poète argentin Alejandro Roemmers avec l’accord des descendants de Saint-Exupéry. Cette version ne peut pas être publiée en France avant 2033, date à laquelle le livre d’origine sera tombé dans le domaine public. C’est cependant le cas dans certains pays comme au Canada, c’est pourquoi vous pouvez libre librement en ligne Le Petit Prince.

La publication française dont on a parlé il y a deux ans est l’adaptation en bande dessinée réalisée par Joann Sfar (couleurs de Brigitte Findakly). Les fans de la première heure seront peut-être troublés par cette représentation qui change de celle de Saint-Exupéry mais je dois dire que l’ouvrage est de grande qualité. Il a été publié par Gallimard dans la collection Fétiche qui offre la possibilité à des auteurs de BD de se réapproprier un texte que celui-ci a particulièrement aimé.

On y retrouve quelques ressemblances avec les dessins d’origines : forcément, le petit prince est blond et habillé de vert. Mais Joann Sfar - qui a une maîtrise de philosophie - a su créer sa propre version à partir de ce texte connu de tous sans pour autant en trahir l’idée principale. Sa volonté n’était pas de remplacer Le Petit Prince de Saint-Exupéry mais bien de se le réapproprier afin de nous offrir une autre vision, son interprétation personnelle. Joann Sfar a décidé de garder le texte d’origine et d’adapter son dessin à cette narration assez lente. Pour certains, les traits du Petit Prince ainsi que les scènes de gros plans lorsqu’il pleure font penser aux mangas. Quoi qu’il en soit, l’auteur de BD a simplement changé l’angle de vu puisque cette fois, le pilote n’est plus l’auteur lui-même mais uniquement le narrateur, ce qui fait que Joann Sfar a décidé de le représenter sous les traits, bien sûr, de Saint-Exupéry.

Une lecture en dessin a été organisée à L’Européen, quelques jours avant la sortie officielle de la BD. Pendant que François Morel lisait le livre, Joann Sfar réalisait les aquarelles correspondantes.

Voilà le début de cet évènement.

Plusieurs versions audio du livre existent dont celle enregistrée en 1954 par Gérard Philippe.

La dernière adaptation de l’œuvre date d’Octobre 2009 avec la publication d’un livre pop-up du Petit Prince.

Comme beaucoup d’histoires universelles, Le Petit Prince a été adapté au théâtre, à l’opéra,…

Projet francophone en 2002 avec la comédie musicale de Richard Cocciante où l’on trouve Daniel Lavoie dans le rôle de l’aviateur (déjà sur scène dans Notre Dame de Paris) et Jeff dans le rôle du Petit Prince.

Voici un un extrait vidéo de l’opéra mis en scène en 2003, aux États-Unis, par Rachel Portman.

Nombreuses sont les adaptations à la télévision. Peu après sa sortie, Orson Welles a acheté les droits du Petit Prince et a proposé à Walt Disney de l’adapter en animation. Disney répondit qu’il n’y avait “pas de place pour deux génies dans l’entreprise ” !

Un dessin animé (30min), en pâte à modeler, a été produit en portugais. Voici le début de Pequeno Principe, de Will Winton.

En Asie, où le livre est extrêmement  populaire car considéré comme un véritable livre de sagesse, certains artistes se sont amusés à illustrer le Petit Prince à leur manière.

Mais bien avant ça, au Japon, a été créé un dessin animé en 2D.

Et plus récemment, toujours au Japon, la marque Toshiba a utilisé, dans un spot publicitaire, le style graphique de Saint-Exupéry afin de promouvoir son message de volonté de développement durable via ses diverses activités.

Dernière référence originale au Petit Prince : l’astéroïde 46610 a reçu le nom de Bésixdouze (B612 est l’écriture en hexadécimal de 46610) d’après la planète d’origine du Petit Prince.

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9 commentaires pour “Le Petit Prince”

  1. ines dit :

    v’ou n’avais pas mit la suite du petit prince

  2. Culture Confiture dit :

    @ ines : de quelle suite parlez-vous ?

  3. jerome dit :

    je ne trouve pa l epoque du livre le petit prince

  4. Culture Confiture dit :

    @ jerome : le livre date de 1943 si c’est ça votre question. pour l’époque même de l’histoire, c’est, disons, intemporel !

  5. Escape dit :

    Parce que la culture c’est comme la confiture: moins on en a plus on l’étale! :)

  6. Culture Confiture dit :

    @ Escape : c’est l’idée ;-)

  7. Escape dit :

    Votre site est génial :D

  8. Culture Confiture dit :

    @ Escape : Merci beaucoup ! Je vous invite à farfouiller dans le site qui bien qu’en pause pour le moment, comprend des articles très variés. Bonne Visite :)

  9. Escape dit :

    Merci beaucoup! Je compte bien tout découvrir!!

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