Boulet

Il existe un monde parallèle au 9ème art et c’est sur la toile qu’on y a accès. Je veux bien sûr parler des blogs BD. Je sais qu’il n’y a pas longtemps je vous ai parlé de la bande pas dessinée mais cette fois je m’intéresse à la BD plus “classique”, avec dessins, bulles et tout ce qui va avec.

Les américains ont des webcomics mais ce sont en réalité des bandes dessinées en ligne qui font parties d’une série, un peu comme les comic strip dans les journaux papiers. En France, lorsqu’on va faire un tour sur les blogs BD, on a surtout à faire à des planches ou juste des dessins qui reprennent l’actualité ou parlent d’anecdotes personnelles de l’auteur. C’est plus proche de l’idée du blog en général, simplement, ici, les mots sont accompagnés d’illustrations. Après, il s’agit là de définitions et par définition, une définition se définie aussi par ses exceptions. Bref, j’en ai fini de la théorie.

Les blogs BD qui sont les plus fréquentés, selon Wikio, sont L’actu en patate de Martin Vindberg, le blog collectif 30 jours de BD et Ma vie est tout à fait fascinante de Pénélope Bagieu, qui perd deux places faute de temps pour faire de nouveaux posts. Mais bon, le classement importe peu, ce qui compte c’est de vous parler de celui que j’adore en ce moment : Boulet.

Cet auteur tient lui-aussi un blog, Boulet Corp (actuellement en 7ème position) mais finalement, même si j’avais déjà jeté un œil à celui-ci - très sympa au passage - je suis littéralement tombée amoureuse de la version papier de ses tranches de vies, plus ou moins fantasmées.

Afin de saisir le personnage, voilà sa bio express :

Boulet, de son véritable nom Gilles Roussel, est un jeune homme ayant grandit à Meaux avec un crayon dans une main et un pinceau dans l’autre. En clair, il dessine, il croque et quand il a du temps libre il griffonne. Après un passage à l’École des Beaux-Arts de Dijon puis aux Arts Décoratifs de Strasbourg, Boulet a fait comme la majorité des artistes qui veulent trouver du travail, il est venu vivre à Paris. Il s’est fait remarquer par Jean-Luc Camano et Zep (Tchô !) en 1997 en gagnant un prix au concours de Sierre où l’une de ses pages avait été exposée.

Dans la vie, il aime manger des kebab (mais parfois aussi des raclettes), dessiner les gens dans le métro, boire des verres avec ses potes (mais pas les gueules de bois qui suivent), lire One Piece, faire des trucs de geek, regarder plein de séries mais aussi tous les films du studio Ghibli, avec un faible pour Mon Voisin Totoro.

Un soir de ce début de XXIème siècle, alors qu’il était bourré légèrement alcoolisé et qu’il refaisait le monde avec sa bande de potes, il commença à dire du mal de l’heroic fantasy, le qualifiant de sous-genre. Ses copains lui revendiquèrent que s’il était si malin que ça, il n’avait qu’à faire mieux. Ce à quoi Boulet répondit “demain si vous voulez !“. Alors il rentra chez lui et, toujours bien imbibé, se mit à dessiner toute la nuit les premiers strips d’une série nommée Raghnarok. Suite aux compliments de ses amis, pliés en deux, il se dit que ça valait le coup d’envoyer ces quelques planches à des éditeurs de magazines jeunesse (Glénat & Spirou). Après seulement quelques jours, Glénat lui proposa de le publier dans le journal Tchô, créé par Zep, l’auteur de Titeuf. Voilà comment le jeune homme signa sa première BD, Raghnarok T.1 Dragon Junior.

Plus d’informations à propos de Raghnarok sur son site personnel.

Cette collaboration lui a permis de se faire connaître des éditeurs et des autres auteurs de BD. Il a aussi gagné des centaines de demandes de dessins de Titeuf dans les séances de dédicaces bien qu’il n’en soit pas l’auteur ! C’est ça la rançon de la gloire.

Depuis, il n’a pas arrêté, créant d’autres séries pour le magazine (La Rubrique Scientifique 3 tomes, Womoks 3 tomes, Le Miya 1 tome) et collaborant aussi avec le journal Psikopat.

24 Juillet 2004, Boulet se lance dans l’aventure du monde merveilleux de la BD en ligne.

Encouragé par plusieurs amis qui tentent la même expérience, il profite, sur son site, d’un espace total de liberté. Le voici libéré des contraintes éditoriales ou de temps (Boulet ne poste pas quotidiennement). C’est surtout l’occasion de montrer ses dessins qu’il fait par centaines dans ses carnets qui ne le quittent jamais. Il parle même de “vide-poches” puisqu’il est libre de choisir un style graphique et d’en changer le lendemain. Il n’y a pas de début ou de fin entre les différentes planches. Simplement une envie de tenter des choses, d’aller plus loin, de s’essayer à d’autres techniques, sans oublier les avis des lecteurs - enfin lorsque ceux-ci sont constructifs car il a une sainte horreur de ceux qui passent simplement pour écrire “preum’s“.

(Boulet se met en scène dans son propre appartement)

Depuis, le succès est au rendez-vous. En plus d’être un auteur de bande-dessinée reconnu, Boulet fait partie intégrante du monde des blogs BD. Il a même été le parrain de la première édition du Festival des Blogs BD, à Paris, le 11 septembre 2005. À cette occasion, et ce depuis cinq ans, les internautes peuvent rencontrer ceux qui les font rire ou réfléchir quotidiennement derrière leurs écrans. Parce que les blogs BD sont de véritables outils de communication, ils servent surtout de tremplin afin de se faire connaître des professionnels de la publication.

Quelques années plus tard, Boulet a également participé, avec ses amis - Aude Picault, Domitille Collardey, Lisa Mandel et Erwann Surcouf, issus principalement des Arts Décoratifs - à la création du blog collectif Chicou Chicou. Ici, chacun écrit sous un pseudo ainsi Boulet se nomme Ella. Et même s’il a changé de sexe pour l’occasion, il avoue avoir livré encore plus d’histoires intimes que dans son propre blog où il puise simplement dans ses expériences personnelles pour parler de la vie en général. Il n’y a plus de nouvelles publications sur ce blog mais un recueil papier a été publié (difficilement trouvable).

Autre collaboration groupée avec la création de Boule de Neige, cet ouvrage réalisé en seulement 24h par neuf artistes lors du Festival d’Angoulême 2007. Outre le temps très limité une seule contrainte : faire apparaître une boule de neige dans la première et la dernière case. Boulet a, depuis, participé à d’autres concours de ce genre comme à Montréal où il a écrit Sirènes, en 24 planches à l’intérieur desquelles devait figurer la représentation de cette photo. Ou encore lors de la première édition des 24 heures de la bande dessinée en France, en janvier dernier. La contrainte : une BD totalement muette qui met en scène des pirates. Voici Long Cours (consultable gratuitement en ligne jusqu’à fin décembre 2010).

Parfois, Boulet ne dessine pas mais gère le scénario, comme c’est le cas pour Le vœu de Marc et Le vœu de Simon dont les dessins sont réalisés par une amie, Lucie Albon.

Il a aussi participé à l’illustration des chansons de l’album Repenti de Renan Luce, vendu en édition spéciale avec un livret de 56 pages.

Parallèlement à ces différents projets, Lewis Trondheim a fait appel à Boulet pour prendre la suite de la série Donjon : époque Zénith. Cette BD d’héroic fantasy écrite par Lewis Trondheim et Joann Sfar se déroule sur trois époques (Potron-Minet, Zénith et Crépuscule) mais il y a d’autres séries, Donjon Parade et Donjon Monsters. Toujours est-il qu’à partir du tome 5 de Donjon Zénith, c’est Boulet qui, consécration ultime,  remplace Lewis Trondheim au dessin.

Pour en venir à ce qui nous intéresse, il faut savoir que Boulet a refusé à plusieurs reprises de publier le contenu de son blog. C’est finalement son ami Lewis Trondheim, célèbre pour ce genre d’ouvrage - Carnets de Bord et autres Petits Riens - qui a su trouver les mots en mettant en avant l’idée de conserver l’indépendance du blog. On ne lit pas de la même façon une BD sur un écran que sur du papier. Il fallait donc repenser l’ouvrage, tout d’abord d’un point de vue pratique, en terme de mise en page. Et puis les notes du blog sont des histoires plus ou moins indépendantes, il fallait donc trouver une astuce pour lier l’ensemble. Boulet a donc créé quelques histoires inédites. L’ouvrage a été publié par Delcourt dans la collection Shampooing, dirigée par Lewis Trondheim justement.

À vous, les lecteurs de son blog, je vous le dis, lisez ses Notes, vous y découvrirez plein d’autres choses. Le premier tome, Born to be a larve regroupe les pages parues (toujours de juillet à juillet) entre 2004-2005. Dans Le petit théâtre de la rue, Boulet couvre la période 2005-2006. Et dans le troisième volume actuellement disponible, La viande, c’est la force, il s’agit de 2006-2007. Un quatrième ouvrage, Songe est mensonge, est prévu pour le 7 avril 2010.

Si malgré les ouvrages publiés vous souhaitez suivre son blog, il y a bien sûr l’adresse principale de Boulet Corp mais également une version plus légère. Et pour les anglais, ou ceux qui le lisent, le blog existe en version traduite. Franchement, jetez un coup d’œil à ce blog sympa, rien que pour ses animations en flash (si vous êtes sur votre lieu de travail, attention tout de même au son qui se déclenche lorsqu’on passe la souris sur les icônes).

Si vous souhaitez rencontrer Boulet, rendez-vous dans les différents festivals comme le Festival de blogs BD ou encore le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Pour connaître les dates de ses déplacements, référez-vous à sa page myspace bouletcorp.

Malgré une grande patience, il fait régulièrement référence, dans son blog, à ces séances où il se retrouve parfois confronté à des demandes saugrenues.

Petite particularité de l’artiste, il numérote ses dédicaces. Il avoue ne pas aimer poser pour des photos ou parler dans les reportages vidéo mais pour autant, quand il s’agit de son public, il n’hésite jamais à passer des heures en dédicace comme le prouve le nombre présent sur ce dessin réalisé en janvier dernier.

© Boulet

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2 commentaires pour “Boulet”

  1. Dim dit :

    Mais d’où lui vient ce sobriquet?

  2. Culture Confiture dit :

    @ Dim : et bien l’histoire ne le dit pas… il faut garder une part de mystère si tu veux que la magie opère ;-)

    Bon ok, je balance l’info : selon le principal intéressé (répondant à une interview pour le site “murmures” ainsi que pour “Bodoï“), c’est son grand frère qui le surnommait comme ça lorsqu’il était ado parce qu’il devait toujours se le coltiner.

    Ensuite, aux Arts Décoratifs, il y avait deux Gilles alors ce surnom servait à les différencier.

    Gilles Roussel aurait fait le pari “idiot” d’utiliser Boulet comme pseudo s’il arrivait un jour à faire de la BD. Mais il avoue également avoir eu “la flemme d’en changer, alors c’est resté”.

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