Les tribulations d’une caissière

Lorsque j’étais à la fac, j’ai passé plusieurs vacances d’été comme caissière dans un supermarché. Nous sommes des milliers à avoir été dans cette situation. Je ne me plains pas, j’ai apprécié qu’on m’engage du haut de mes 18 ans. Et puis il y a bien plus ingrat, la tâche est répétitive mais contrairement à un travail à la chaîne, il y a un rapport humain.

Justement, qui dit contact dit anecdotes parce qu’on en voit passer des vertes et des pas mûres. Caissière - on doit dire hôtesse de caisse mais je préfère caissière - c’est un métier idéal pour faire une étude sociologique de la population. Pratiquement tout le monde fait des courses dans un supermarché alors on croise de tout : il y a aussi bien le mec qui compte emballer ce soir - bouteille de vin + bougies parfumées + boîte de préservatifs, évidemment cachée sous un programme télé quelconque - mais aussi le bobo écolo qui achète tout bio ou encore la famille qui remplit son caddie de cochonneries premiers prix - des chips aux bonbons - plutôt que d’acheter des choses un tant soit peu nourrissantes. Mais je ne suis pas là pour juger. Je ne suis pas non plus là pour écrire mes mémoires donc je vais plutôt vous parler de celles d’Anna Sam.

Cette jeune femme d’une trentaine d’années, titulaire d’un DEA de littérature, mariée, a derrière elle une expérience de huit années passées derrière la caisse d’un supermarché de Rennes. Ce métier, elle ne l’a pas choisi par défi ou par dépit mais par défaut. Tout comme moi, elle a commencé cette fonction comme job d’étudiant. Mais une fois son Bac+5 en poche, le monde du travail ne lui a pas réellement ouvert les bras comme elle l’imaginait. Alors pour réussir à vivre, tout simplement, elle a accepté de transformer son job d’étudiant en “vrai” travail. 24h par semaine (les 35h ça ne court plus vraiment les rues dans ce milieu) pour un salaire au smic horaire de 680€ net par mois.

D’accord, mais qu’est-ce qui la rend vraiment différente des 170 000 autres caissières actuellement en fonction ? Anna Sam a simplement décidé, afin de ne pas devenir un robot aigrie, d’ouvrir un blog (caissière no futur) où elle pouvait parler de ce métier pour ” raconter avec humour le quotidien, réhumaniser un métier trop souvent mal perçu, faire rire les lecteurs pour mieux faire réagir. Des textes sans prétention, juste du vécu “.

Elle y parle aussi bien des derniers clients à l’heure de la fermeture, que des bons de réduction, du rendement à respecter ou encore des tenues immondes qu’il faut porter. Après quelques mois, la recette a fait mouche si bien que les lecteurs viennent la lire par centaines. Ce blog devient pour elle un exutoire et pour ses lecteurs, une “leçon de vie”. Ils apprennent à voir ce métier différemment et à respecter ceux qui le font au quotidien. Grâce à ces lignes, certains parents ne menaceront plus leurs enfants en montrant la caissière du doigt et en disant “si tu ne travailles pas bien à l’école tu finiras comme la dame“. Le pire, c’est que c’est véridique, Anna Sam en a fait la douloureuse expérience.

Parce qu’elle respecte cette fonction mais qu’elle souhaite enfin trouver un emploi qui corresponde à son parcours universitaire, Anna Sam décide de démissionner. Après huit années passées à scanner des codes barres avec le sourire, la jeune femme tire un trait sur ce métier. Enfin pas tout à fait puisqu’elle continue son blog. Après autant d’années, elle a encore une multitude d’anecdotes à raconter. Mais c’était sans compter sur la presse qui commence à s’intéresser à elle, quelques semaines avant la fin de son contrat. Les médias commencent à relayer l’information et les éditeurs rappliquent sur le champ. Après avoir discuté du projet avec toutes sortes de personnes, elle rencontre une maison d’édition qui semble apprécier son style. C’est décidé, ses chroniques de caisses vont passer du virtuel au réel.

C’est le début d’un rêve pour Anna Sam qui souhaitait, depuis toute petite, devenir cosmonaute ou écrivain. On ne peut pas gagner à tous les coups, mais un sur deux c’est déjà pas mal ! Son ouvrage Les tribulations d’une caissière a été publié en juin 2008 aux éditions Stock. Elle a, en parallèle, fait le tour des différentes émissions pour présenter son travail et tenter de sensibiliser, à plus grande échelle, le public, c’est-à-dire les clients, sur le métier d’hôtesse de caisse. Elle a même eu l’honneur de passer chez Michel Drucker, dans Vivement Dimanche, suite à l’invitation de Ségolène Royal. Elle a aussi évoqué les troubles musculo-squelettiques, ces difficultés physiques liées à cette fonction où l’on est obligé de porter plusieurs tonnes de produits par jour.


Dans cet ouvrage vous saurez tout du métier, ce que l’on voit, assis derrière notre caisse. Parce que les caissières ne sont pas que des bras qui passent les articles qui font bip, bip, bip en chœur et qu’une bouche qui annonce le prix suivi de le phrase fatidique “ vous avez la carte de fidélité du magasin ? “, vous apprendrez à les voir sous un autre jour. Entre le client qui passe avec un caddie plein à la caisse moins de 10 articles (et qui trouve encore le moyen de râler), celui qui essaie de truander un prix ou celui qui mange des gâteaux dans le magasin en abandonnant la boîte vide à la caisse, vous aurez droit à un joli portrait de la clientèle française. Enfin, d’après nos voisins belges, luxembourgeois et compagnie, la bêtise humaine ne se limite pas à nos frontières.

Je ne fais pas là un plaidoyer en faveur des caissières, parce qu’il faut tout de même être honnête, comme partout, il y a aussi des c**s simplement, apprenez à ne pas confondre l’être humain qui est devant vous avec une plante verte. Au final, vous agirez peut-être différemment comme client. C’est du moins ce qu’il faut espérer.

En tant qu’ex caissière je me suis retrouvée à 99% dans les pages de ce livre qui se lit d’un seul trait. L’écriture est simple, le texte est découpé en chroniques, reprenant l’idée générale du site. C’est le bouquin idéal à lire un peu partout, même quand on a peu de temps, dans le métro, en attendant un rendez-vous, à la caisse même… enfin à condition d’être réactif au moment du passage devant la caissière.

Depuis, tout va bien pour la jeune trentenaire. Elle continue à faire vivre son blog. On y trouve également les anecdotes d’autres caissières, fidèles lectrices de ses colonnes. Son livre, Les tribulations d’une caissière, a été adapté en bande-dessiné. Le tome 1 se nomme Vous êtes ouverte ? d’après la phrase aussi bête qu’insupportable que toutes les caissières entendent 157 fois par jour, au bas mot.

Voici une planche, disponible sur le blog d’Anna Sam.

Vous me direz, le risque avec un livre tiré d’un blog c’est qu’il sort et ensuite… rien. Mais Anna Sam ne voit pas les choses comme ça. Aussitôt son premier livre en librairie, elle a commencé l’écriture d’un second ouvrage, accès cette fois sur les clients. Parce qu’une caissière est aussi une cliente de temps à autre, elle s’est intéressée au monde des consommateurs. Dans Conseils d’Amie à la clientèle, en vente depuis juin 2010, elle offre une multitude de conseils pour “nous aider dans le monde déroutant de la grande consommation“.

La prochaine fois que votre frigo sonnera le creux et que vous irez faire un tour dans votre supermarché, arrêtez-vous quelques instants et observez les clients autour de vous. Vous assisterez alors au spectacle quotidien des caissières.

Terminons en musique, comme il se doit, avec Elmer Food Beat et sa Caissière de chez Leclerc.

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7 commentaires pour “Les tribulations d’une caissière”

  1. herpin myriam dit :

    27 ans de carrièrre purement alimentaire dont les 25 premières années poissonnerie en service,GB puis ensuite carrefour à la caisse cette société se fou pas mal des clients et de son personnel,moi mes clients me dises ce qu’ils attendes un service un sourire,mais plus de travaille avec moins de personnel,on ne nous paie plus nos poses,donc finir 15′ plus tard, ,par contre investir dans le scannig fait par le client!!!!!ça pas de problèmes!!!!!!plus la bub,pas besoin de pub, mais du concrès excemple,,une personne charger les courses des personnes àgées et a mobilité réduite et et les mettre dans leurs voitures, j’ai 55ans et je par travailler avec des pieds de plombs!!!!!!!

  2. Culture Confiture dit :

    @ herpin myriam : en effet, c’est terrible de voir de l’intérieur, que seul le chiffre compte, qu’on ne pense pas aux clients mais au profit. ne parlons pas des employés, c’est assez ingrat les conditions. pour avoir été caissière, c’était 3min de pause par heure travaillée mais il fallait déjà ranger les panier faire ceci, cela et en vrai, on n’avait à peine le temps d’aller en salle de pause qu’il fallait repartir, (c’est un exemple parmi tant d’autres !)
    merci pour votre témoignage

  3. Laura G dit :

    Je trouve Anna Sam cette fille est génial j’ai 18ans je travaille comme caisiére depuis seulement 2 mois mais je me retrouve dans tous se qu’elle dit elle parle pour nous toute caissiére je trouve sa génial qu’une fille comme elle réussisse a sortir un livre aussi génial vrément . C’est Super!

  4. Culture Confiture dit :

    @ Laura G : bon courage pour le boulot, je connais ça !!! et j’avais aussi une collègue qui répond au nom de Laura G ;-)

  5. LE ROUX dit :

    Je travaille également dans un centre commerciale en tant que caissière…. Euh….. Pardon, “Hôtesse de caisse”! Ce métier m’inspire aussi à l’écriture, je vais donc vous faire partager un poème spécialement dédié à nos chers clients….

    Les clients,

    Armés de sacs recyclables ou de caddie rouge écossais,
    Comblés ceux qui possèdent LE jeton,
    Se pavanant avec, tout comme un trophée,
    Ils se sentent prêts à déambuler dans tous les rayons !

    Organisés, ils recherchent les prix intéressants,
    Sans gène, ils ne reposent jamais l’article à la bonne place,
    L’idée de dépenser, les révèlent désobligeants,
    Se souciant simplement, que leur carte bancaire passe !

    Le chariot débordant, ils se dirigent à la caisse,
    Posant leurs produits d’une façon désorganisés,
    C’est toujours à ce moment là que le temps presse,
    Appréhendant ceux qui auraient oublié leur code secret !

    Le ticket en main ils l’examinent scrupuleusement,
    Les hôtes (ses) n’ont pas droit à l’erreur,
    La moindre faute fera l’objet d’un remboursement,
    Le fait de récupérer dix centimes engendre un grand bonheur !

    Les courses ainsi faites, le rituel s’enchaine,
    Le coffre de la voiture déborde à son tour,
    Les placards et le frigidaire sont refermés avec peine,
    Nos chers clients auront fait leur promenade du jour !!!!

  6. kremfresh dit :

    que de sourires et de souvenirs … 1 an d’expérience chez un des leaders mondiale du fast food . légèrement différente mais qui se rejoint .

    Ma plus grande appréhension ? voir mon nom sur le tableau du soir en caisse ! et pour cause :
    Mon pire souvenir ? mon manager qui se fait tabasser pour un jouet de menu enfant!
    Pire que des plantes vertes , le ramassis du sous fifre . Le pestiféré de la société , la dictature du “client est roi ” . Ca on l’applique à la lettre . On nous crache au visage , en nous dénonçant “désagréable ” au patron , qui 5minutes avant vient de vous dire qu’on était pas ici pour sourire mais pour aller vite !

    tiraillé entre la hiérarchie , et le dieu client .
    Ca donne à réfléchir sur nos actes , d’avant le passage en tant que caissière ! car , personne n’est parfait !

    Un point d’honneur à tout(e)s les courageu(es)x qui bipent des tampax et du chocolat pour la semaine , qui fabriquent et servent des big mac pour les affamés qui viennent de faire les courses , aux vendeuses qui s’frappent toujours les mêmes gens qui ne savent pas lire les étiquettes et qu’on accuse de publicité mensongère , à tous , qui continuent de travailler malgré les conditions , le bas salaire , car si ces gens n’étaient pas la …
    On ne s’en sortirait pas !!

    hate de lire le bouquin , qui m’attend sous le sapin :)

  7. luc dit :

    j’avais entraperçu ce blog au hasard il y a plus d’un an et je l’avais trouvé sinon utile tout au moins sympathique. Sauf que je constate que, depuis, ces ouvrières que je n’ai jamais trouvé très sympas, ont empiré niveau caractère, politesse et arrogance: souvent péremptoires (surtout quand elles ont tort), revêches, hautaines, je fuis désormais les supermarchés où l’on doit immanquablement devoir se coltiner une de ces caissières que j’abhorre définitivement. Et je ne me rends plus que dans les supemarchés qui proposent des caisses automatiques (où l’on agite soi même les articles du chariot au dessus d’un lecteur de codes-barres puis où l’on paie à sa guise en CB espèces etc. PLUS JAMAIS UNE CAISSIÈRE! cette race devenue pimbêche, surtout depuis l’apparition de ce blog. Une de mes amies y’a un an, pourtant douée, m’a confié qu’elle avait postulé du coup sans travail pour aller faire caissière chez Carrefour: désormais je ne la vois plus. Plus envie. Y’a rien de pire que des femmes incompétentes, incapables de bosser dans leur domaine et qui se rabattent sur ce genre de jobs: elles vous pourrissent les soirées à prétendre que c’est finalement trop chouette. Donc moi j’emmerde toutes les caissières de tous les supermarchés, que je méprise haut et fort. (C’est curieux mais quand il y a des mecs en caisse, et c’est de plus en plus courant, ils sont nettement plus agréables car ils ne se prennent pas pour des perles à 2 balles). Alors j’encourage toutes les chaînes à remplacer progressivement les caissières par des systèmes automatiques.
    PS: au fait, ce qui devait soi disant faire un carton (une pièce de théâtre sur les misères des caissières) me semble avoir surtout fait un bide, non? L’auteur de ce blog miséreux est-elle toujours caissière? ou s’est-elle recyclée dans un métier plus reluisant? genre hôtesse d’accueil dans un dispensaire médical? assistante maternelle dans une école? Je m’en fous vous me direz tellement les profils “caissières” m’emmerdent à fond. Car on s’en tape, on s’en cogne de la littérature des ptites caissières. Vivement qu’elles débarrassent totalement le tapis roulant!

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