Alain Resnais annonce…

Pour un réalisateur qui a travaillé pendant plusieurs années sur un projet, la sortie de son film est cruciale. C’est à la fois une délivrance mais aussi une angoisse terrible. Selon son degré de popularité, la publicité faite autour de son film est plus ou moins importante mais surtout plus ou moins indispensable. Il est des réalisateurs dont le travail est reconnu et pour qui la promotion n’aura finalement qu’une incidence moyenne compte tenu des fans et du buzz qui existe de lui-même autour de chaque nouvelle sortie. C’est le cas de Steven Spielberg, Quentin Tarantino, Woody Allen… Bien sûr, il ne faut pas exclure les potentiels nouveaux spectateurs mais disons que le film fera toujours un minimum d’entrées.

En ce qui concerne la promotion du film, le plan marketing est plus ou moins extravagant. Il faut généralement prévoir une bande-annonce, des teasers (plus court que la bande-annonce), des affiches, des interviews (presse, tv, radio…), des avants-premières, voir plus. Toujours est-il qu’il faut donner envie aux gens de se déplacer au cinéma à partir d’une image (l’affiche), d’un montage réduit de l’intrigue du film (bande-annonce) ou encore d’un résumé présenté par les acteurs. Cela se joue à pas grand chose et les enjeux sont considérables à l’heure du téléchargement de masse qui commence avant même la sortie officielle du film.

Malheureusement, beaucoup tombent dans le piège de la bande-annonce qui nous en met plein les yeux. Et je ne parle pas forcément que des films d’action. En gros, on a quasiment tout le développement du film en 2′15″. Je déteste ça. J’aime comprendre l’ambiance du film mais il arrive trop souvent que l’on se dise “et voilà, je n’ai plus besoin de voir le film, je connais l’intrigue, le déroulement, l’élément perturbateur et quasiment toute la révélation“. Parfois même, on voit certains plans de la toute fin du film. Lorsque ces images, prises comme ça en dehors du déroulement narratif du film ne nous permettent pas de comprendre tout, je ne suis pas contre mais il faut préserver du suspense. Trop de bandes-annonces mettent simplement en avant les acteurs ou bien tous les gags du film. C’est dommage, le réalisateur passe trois ans sur un film et tout est expédié en moins de trois minutes.

Alors quelques réalisateurs décident, justement, de garder une part de mystère, de délibérément cacher aux spectateurs le contenu du film ou le style visuel de celui-ci. C’est régulièrement le cas d’Alain Resnais. Concernant ses films, ce réalisateur tente à chaque fois de faire ce qu’il n’a jamais fait auparavant. Ainsi ses films se succèdent mais ne se ressemblent pas. Bien sûr, on reconnaît la “touche Resnais” mais ça se limite à ça. La seule chose qui ne change pas, ou peu, ce sont les acteurs. Très fidèle en ce qui concerne ses relations de travail, on retrouve très souvent André Dussolier, Pierre Arditi ou encore sa muse, Sabine Azéma, sa femme dans la vraie vie.

Pour ce qui est de la promotion de ses films, notre homme de 88 ans tient à en dévoiler le moins possible. Il s’explique ” L’idéal, pour moi, c’est que ni l’affiche ni la bande-annonce ne comportent d’images du film. Une affiche dessinée suggère plus de choses, elle fait rêver. Pourquoi va-t-on au cinéma ? Qu’est-ce que c’est que cette faculté humaine de s’intéresser à l’imaginaire ? C’est très énigmatique…“. Je vous propose donc d’illustrer son propos avec, justement, les bande-annonces de ses longs-métrages qui ne montrent rien du film. Il s’agit surtout des plus récents, exception faite de Cœurs, qui date de 2006 et qui montre des extraits du film. La bonne nouvelle c’est que si vous n’avez pas vu ses œuvres, cela ne vous révèlera rien. Aujourd’hui, c’est spoiler free !

Smoking / No Smoking - 1993

Bande-annonce à part pour film à part puisqu’il s’agit en réalité de deux films à proprement parler. C’est une adaptation de huit pièces d’Alain Ayckbourn en deux films séparés. Le film a une base commune mais une simple décision va faire basculer chaque film vers une histoire totalement différente. Chaque film est indépendant mais le visionnage de l’un donne envie de voir l’autre. Au spectateur de décider par quel film il souhaite commencer puisque cela n’aura aucune incidence sur la compréhension. C’est d’ailleurs ce que tente d’expliquer Sabine Azéma et Pierre Arditi, les acteurs principaux de ce film, au travers de cette bande-annonce.

On connaît la chanson - 1997

Ce film, bien avant la mode du lip dub - ces clips de promotion en chanson - est entièrement écrit à partir des textes des chansons les plus populaires qui viennent illustrer les propos des acteurs. Pour parler du film sans dévoiler l’intrigue, les acteurs principaux parlent soi-disant de l’histoire en citant le texte d’une chanson sans qu’on ait l’impression que ce soit hors propos. J’ai un faible pour Jean-Pierre Bacri et son “zaïzaïzaïzaï… zaïzaïzaïzaï

Pas sur la bouche - 2003

Ce film est l’adaptation d’une opérette de 1925 d’André Barde et Maurice Yvain. Dans ce film, les acteurs chantent, il n’y a aucun doublage. On retrouve tous les acteurs habituels d’Alain Resnais auxquels s’ajoute de jeunes acteurs mais… pas André Dussolier. C’est d’ailleurs autour de cet aspect que s’articule les différentes bande-annonces. André Dussolier parle du film devant les affiches de celui-ci. Il parle à chaque fois d’un duo d’acteurs. Voici celui avec Audrey Tautou et Jalil Lespert mais vous pouvez aussi voir Isabelle Nanty et Lambert Wilson, ou encore Dary Cowl et Daniel Prévost et enfin Sabine Azéma et Pierre Arditi.

Les Herbes Folles - 2009

Dans ce film sorti il y a quelques mois seulement, pas de chanson, pas de film double, rien de tout ça. Toujours les mêmes acteurs mais parmi les nouveaux il y a Édouard Baer. Enfin, on entend Édouard Bear, le narrateur. Puisqu’on ne le voit pas à l’écran, Alain Resnais a eu envie de le faire apparaître dans le cadre de trois bandes-annonces proche de l’esprit de ses pastilles qui l’ont fait connaître sur Canal+, le Centre de visionnage de Nulle Part Ailleurs. Pour la petite anecdote, Édouard Bear est habillé comme l’était lui-même Alain Resnais lorsqu’il a reçu son “prix exceptionnel” à Cannes en mai 2009 (cravate noire et chemise rouge). Il rencontre tour à tour des personnalités avec qui il est censé présenter la bande-annonce mais forcément, ça ne se passe pas tout à fait comme prévu. Il y a celle avec l’éducateur sportif, l’autre avec le chef cuisinier et pour finir, celle-ci avec soi-disant un technicien du film.

Pour ce qui est des affiches, précisons simplement que la dernière en date, pour Les herbes folles, a été réalisée par l’auteur de bandes dessinées Blutch. Ce lauréat du Grand Prix de la Ville d’Angoulême 2009 et qui sera donc le président de l’édition 2010 du Festival d’Angoulême, est l’un des plus connu dans son domaine. Cette collaboration avec Alain Resnais a été l’occasion pour lui d’étendre son talent. Blutch a regardé le film puis s’est mis à dessiner. Et ça n’est qu’après qu’il a discuté avec le metteur en scène tout en lui montrant ses croquis préparatoires dont celui ci-dessous. Blutch a bien compris le fonctionnement créatif d’Alain Resnais, il explique d’ailleurs : ” C’est assez délicat de faire une image d’après d’autres images. Comment montrer sans dévoiler ? Éviter l’anecdote, la trop sage illustration, la paraphrase en somme… J’ai tenté de traduire dans mon travail ce que je devinais d’Alain Resnais ; je veux dire le goût du mystère.

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Un commentaire pour “Alain Resnais annonce…”

  1. » Archive du blog » Miam-Miam dit :

    [...] aperçu le duo Édouard Baer et Philippe Duquesne dans l’une des bandes-annonces des Herbes Folles d’Alain Resnais. Ce comédien retrouve ici Atmen Kélif, l’un de ses anciens collègues [...]

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