De Dracula à Twilight

S’il est un genre à la mode en ce moment, c’est bien les romans sur le vampirisme. Il suffit de regarder la liste des meilleures ventes de livres de la Fnac pour remarquer que parmi les cinquante titres en tête de peloton, pas moins de treize romans parlent des vampires. Mais qui dit mode ne dit pas forcément nouveauté. En effet, la mode est faite pour revenir, encore et encore, comme un cercle sans fin.

Les premiers écrits faisant référence à ces êtres sanguinaires remontent au XVIIIème siècle. En 1748, le poète allemand Heinrich Augustin von Ossenfelder a écrit un poème resté célèbre depuis, Der Vampir. Un demi-siècle plus tard, Goethe fait référence à un être ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort et qui boit du sang dans La fiancée de Corinthe. En 1819, ce thème est un peu plus présent grâce aux ouvrages des français Charles Nodier et Théophile Gautier.

Mais le premier ouvrage à proprement parler, celui qui a marqué tous les esprits en décrivant précisément les vampires, est Dracula de Bram Stocker. Ce livre sort un siècle après l’écrit de Goethe, à la toute fin du XIXème siècle. En pleine période de déclin de l’époque victorienne, la Grande-Bretagne est sujet à la terreur - Jack l’Éventreur ayant fait trembler dans les chaumières quelques années auparavant. Le récit du Comte Dracula trouve facilement sa place dans ce contexte.

Après dix années de recherches et d’écriture, l’auteur offre un roman de fiction auquel se mêle des références ethnologiques, historiques et folkloriques. D’un point de vue littéraire, Stocker suit les codes du genre gothique et va même au-delà. Cet ouvrage fantastique ne devient pas aussitôt une référence mais saura finalement plaire aux lecteurs, à la fois effrayés et passionnés. À la différence des romans sur d’autres créatures monstrueuses, le lecteur s’attache d’une certaine façon à cet être, bien que cruel, car affichant toujours des caractéristiques humaines.

L’histoire parle d’un londonien se rendant en Transylvanie pour voyage d’affaires. Malgré les avertissements de la population voisine l’informant des dangers qu’il encoure, le jeune Jonathan Harcker décide tout de même de se rendre dans le château du Comte Dracula. Une fois sur place, il fait connaissance avec ce grand vieillard aux mains aussi froides que de la glace [si bien qu'] elles ressemblaient davantage aux mains d’un mort qu’à celles d’un vivant. Le piège se referme aussitôt sur lui et notre homme comprend, mais un peu tard, la véritable personnalité de son hôte.

Pour nommer ce vampire légendaire, Stocker s’est inspiré du surnom de Vlad ?epe?, un voïvode du XVème siècle, également prince de Valachie - de nos jours une partie de la Roumanie. En effet, celui-ci se faisait appeler Draculea, ce qui signfie Dragonneau, son père se faisant appeler Dracul, soit Dragon. Il est surtout célèbre pour avoir été terrible avec ses ennemies. Que ce soit les soldats Turcs ou les réfractaires, ceux-ci étaient mutilés, ébouillantés, aveuglés, enterrés vivants ou plus généralement empalés par dizaines, ces derniers souffrants pendant des jours voir des semaines avant d’atteindre six pieds sous terre. La comparaison est donc davantage de l’ordre du nom que de celui des châtiments.

Ce qu’il faut voir avec ce roman, outre son histoire fantastique, c’est l’établissement des caractéristiques des vampires. Dès lors et c’est encore valable de nos jours, la façon dont on imagine ces êtres est tablée sur ce que Bram Stoker a décrit. Bien évidemment il n’a pas tout inventé puisqu’il existait au préalable les mythes folkloriques parlant d’un personnage qui ne vieillit pas, que l’on ne peut tuer qu’à l’aide d’un pieu planté dans le cœur ou d’une décapitation, se nourrissant de sang humain, ne supportant pas les symboles religieux (crucifix, eau bénite…) ainsi que la lumière du jour et étant assez séducteur afin d’approcher ses “proies”.

Certaines légendes ont du naître suite à plusieurs cas de porphyrie, une maladie du sang (héréditaire), généralement présente dans certaines régions reculées où on trouve des familles consanguines. Les symptômes sont une photo-sensibilité de la peau, une déformation des dents et une réaction à l’ail qui contient des substances déclenchant des crises chez les malades. Il faut pratiquer des saignées et certains malades tentent de se soigner en buvant du sang.

Dracula correspond en partie à cette image. C’est un homme aristocrate grand et maigre, raffiné et effrayant à la fois, avec des dents pointues, les mains froides et le teint blafard. Mais Bram Stocker est le premier à avoir ajouté deux caractéristiques qui nous semblent désormais indissociables du personnage. Tout d’abord, cet homme plus tout à fait vivant n’a pas de reflet dans le miroir. Autre aspect important, le vampire peut se transformer en animal et plus précisément en chauve-souris, ces animaux nocturnes semblant s’enrouler dans une cape le jour venu. En réalité ce rapprochement concerne une espèce de chauve-souris d’Amérique du Sud qui boit parfois le sang de ses proies après les avoir mordues.

Depuis un peu plus d’un siècle, on ne compte plus les histoires sur les vampires, aussi bien dans le domaine littéraire qu’au théâtre ou au cinéma. On croit que tout a déjà été dit et pourtant le public est toujours aussi fasciné. Revenons sur cinq livres de ces cinquante dernières années, traitant du sujet mais n’appartenant pourtant pas tous au genre fantastique.

Salem de Stephen King (1975)

L’auteur est connu pour être un maître du suspense. Suite au succès de son premier roman, Carrie, Stephen King s’est intéressé aux vampires. Bien sûr au début du roman on ne connaît pas la cause réelle des évènements tragiques qui s’enchaînent dans cette petite ville de Salem. Le personnage principal est un écrivain revenant vivre dans la ville de son enfance afin d’écrire, au calme, son nouveau roman. Il est le premier à déceler que les incidents mystérieux sont tous liés aux nouveaux habitants du manoir, Marsten House, que l’on dit hanté. Dans ce roman les vampires sont effrayants et l’auteur n’hésite pas à transpercer les habitants façon brochettes.

Stephen King se sert d’un thème ancien et le transpose à l’époque actuelle - à la date de sa sortie, les États-Unis sortaient tout juste du conflit au Vietnam. Dans le genre, ce roman a marqué les esprits. Le suspense et la crainte sont présents tout au long de l’histoire si bien que certains lecteurs conseillent de garder un crucifix près de soit si on lit ce roman, le soir, seul dans la pénombre de la chambre !

Entretien avec un Vampire d’Anne Rice (1976)

Juste après la sortie de Salem, un autre roman, ayant pour thème central les vampires, est publié. Il s’agit du premier roman d’Anne Rice. Suite au décès de sa petite fille, l’auteur a décidé de se sortir de sa tristesse en écrivant un livre. Bien que traitant un sujet fantastique, sa saga Chronique des Vampires - qui comprend actuellement dix tomes - n’est pas comparable aux autres livres du genre.

L’histoire se déroule sur deux siècles. Le roman débute de nos jours, à la Nouvelle-Orléans - région où a grandit l’auteur - lorsqu’un journaliste est invité dans une chambre d’hôtel sombre afin d’interviewer un homme qui désire livrer son histoire. Commence alors le récit d’un vampire torturé par son état, n’assumant pas son besoin de tuer pour survivre. Ici, Anne Rice utilise une autre approche pour décrire ces “monstres”. Bien sûr les vampires ont le teint blanc, des pouvoirs surhumains tels que la force et la vitesse mais ils sont plus romantiques, plus torturés. Au final, ce roman met davantage en avant l’aspect psychologique des personnages plutôt que leurs aventures fantastiques. Chose assez peu courante, l’un des vampires est une petite fille qui forcément, restera toujours avec l’apparence d’une petite fille, ce qui provoque chez elle un bouleversement. La suite de la saga ne se centre plus sur Louis, le vampire tourmenté, mais sur Lestat, celui qui a fait de Louis ce qu’il est encore deux siècles plus tard.

L’échiquier du mal de Dan Simmons (1989)

Passons maintenant dans une autre catégorie, le roman fantastique de Science-Fiction. Le talent de Dan Simmons n’est plus à prouver dans ce domaine. À travers une étonnante galerie de personnages, l’auteur propose une version bien différente des vampires que l’on croise habituellement dans la littérature. Il s’agit d’une des essences du mal, des êtres diaboliques, sans morale donc incapables de discerner le bien du mal.

L’histoire prend place dans l’Histoire mondiale, dans un camp d’extermination où a lieu une étrange mais terrible partie d’échec humaine. Les joueurs sont des officiers SS et les pions, des prisonniers s’entretuant sans pour autant avoir un quelconque contrôle de leurs corps. Quarante ans après avoir survécu à cette expérience des plus traumatisantes, Saul Laski enquête toujours afin de retrouver ses anciens bourreaux pour qu’ils soient punis. Malheureusement, ces derniers sont dotés du “talent”, ce qui fait qu’ils se sentent supérieurs au commun des mortels. Derrière des actes aussi cruels que des assassinats se cachent en réalité un jeu inhumain. Les joueurs ne sont autres que des vampires psychiques, des êtres mortels qui, pour assouvir leurs pouvoirs et leurs besoins de destruction, prennent possession de l’esprit d’autres humains afin de les utiliser comme des pions.  Pas de traces de cercueil et d’ail dans le roman mais des hommes et des femmes à des postes clés de notre société pouvant agir comme bon leur semble. Ici le sang ne coule pas à cause des morsures mais les humains se font malgré tout vampiriser.

Petit Vampire de Joann Sfar (1999)

Littérature toujours mais on oublie le roman quelques instants afin de s’intéresser à la bande dessinée. Joann Sfar, figure majeure du genre nous offre ici une approche d’univers fantastique. Cette histoire en plusieurs tomes narre l’amitié entre un petit garçon et un petit vampire. Dans la première BD, Petit Vampire va à l’école, on fait la connaissance de Michel un orphelin qui découvre au petit matin que ses devoirs se sont fait “tout seul”. Il décide la nuit suivante de laisser un petit mot à celui qui le soulage de cette tâche. Il découvre alors avec stupeur que “l’autre” est un petit vampire en mal d’école qui veut tout simplement apprendre et avoir des copains de son âge.

Malgré une existence complètement à l’opposé, ces deux là vont bien s’entendre. Si bien que la découverte de l’univers de l’un et de l’autre va être sujet à des surprises et des interrogations. Le petit garçon humain prend des bains et la maman du petit vampire est toute bleue. Ce qui les étonne leur permet de se découvrir et de rire. Le sujet s’adresse aux enfants et pourtant le ton n’est pas toujours habituel pour de la littérature jeunesse. L’auteur utilise délibérément la dérision pour expliquer les choses de la vie, mêmes les plus dures. Via l’univers fantastique, Joann Sfar parle aux enfants de la différence et de la tolérance.

Petit Vampire : «Moi mes parents c’est des morts-vivants»
Michel : «Non. Moi c’est pas pareil. Moi c’est des morts-morts»

Parallèlement aux sept tomes de Petit Vampire, Joann Sfar a écrit d’autres bandes dessinées sur les vampires : Grand Vampire en 6 tomes ainsi que le Bestiaire Amoureux qui comprend quatre volumes.

Twilight Saga ou La Saga du Désir Interdit de Stephenie Meyer (2005)

Impensable, de nos jours, d’évoquer les ouvrages sur les vampires sans citer l’évènement littéraire et cinématographique du moment qu’est Twilight ? Je parle d’évènement car il s’agit bien là d’une véritable passion et d’un engouement planétaire autour de cette saga de la part de la population adolescente. Certain comparent ça à la saga Harry Potter mais excepté le fait que le sujet traite d’éléments fantastiques et donc irréels, la comparaison s’arrête là. Sans rien enlever à ces romans, il faut tout de même expliquer que l’écriture n’a pas différents niveaux de lectures et s’adresse avant tout aux “jeunes”. Que les passionnés de vampires s’éloignent, vous pourriez être déçu tant le style diffère de Dracula. Ici le récit tourne davantage autour des relations amoureuses et conflictuelles des adolescents qu’autour de l’horreur.

L’auteur a préféré ne reprendre que les caractéristiques les vampires qui l’intéressaient afin d’adapter au mieux ses personnages dans le déroulement narratif prévu. Ainsi, les vampires sont de jeunes adolescents ou adultes, allant au lycée ou ayant un métier. Ils ne craignent ni l’ail, ni les croix et surtout ils peuvent vivre le jour. Ils ne brûlent pas à la lumière du jour mais se mettent à briller ce qui révèle leurs vraies personnalités. Ils ne dorment pas dans des cercueils puisqu’ils n’ont pas besoin de dormir ! Malgré cela ils ont quand même le teint pâle, des traits séduisants et des capacités surhumaines.

C’est en partie à cause de ces détails que certains ont reproché aux romans de ne pas donner une image assez réelle - sous-entendu proche du mythe - des vampires, de les avoir trop modernisés si bien qu’ils ne sont plus aussi effrayants. Les connaisseurs déplorent que cette appropriation des vampires rendent le sujet plus banal qu’inquiétant et que les futures générations ne cherchent plus à lire les bons vieux classiques comme Dracula de Bram Stocker.

J’avoue que le phénomène Twilight me dépasse un peu mais après tout, l’essentiel c’est que chacun ait la curiosité de farfouiller dans le monde merveilleux de la littérature. Pour ceux qui veulent d’autres références en ce qui concerne les vampires, allez consulter cette liste assez complète sur le blog Vampirisme.

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2 commentaires pour “De Dracula à Twilight”

  1. Aurore dit :

    Bonsoir,
    Je trouve cet article très intéressant. Je suis moi-même passionnée par l’histoire des vampires même si pour moi, le vampire culte reste Dracula.
    J’ai d’ailleurs fait une critique du film de Coppola visible sur mon site web : Cinéphiles en herbe.
    A bientôt =)

  2. Patrick Méadeb dit :

    Bonjour, Je suis Patrick Méadeb, de Sonobook, éditeur de livres sonores à Bordeaux. Je me permet de vous contacter pour vous présenter notre dernière livre audio: DRACULA de Bram Stoker, texte intégral. Nous pensons que ça peut être un contenu de qualité pour un de vos articles ou pour un “article invités” dans votre blog, si possible?

    Aussi dans le prochains jours nous lancerons un jeu concours sur internet avec un quiz sur “DRACULA”. Trois gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses et pourrons télécharger gratuitement le fichier audio mp3 de DRACULA sur notre site : http://www.sonobook.fr/produit/dracula-1ere-partie-livre-audio/
    Surtout n’hésitez pas à me contacter si vous désirez de plus amples
    renseignements sur le concours et d’autres.

    Bien Cordialement
    Patrick Méadeb
    0661956425

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