Julie & Julia

Si vous aimez les blogs ou la cuisine française ou même encore New-York alors ce livre est fait pour vous.

À l’origine de ce livre, un blog. Derrière l’écran, une femme de bientôt trente ans, pas satisfaite de sa vie et qui décide de se lancer un défi culinaire. Au final, un buzz autour du blog et une proposition par un éditeur de transformer ses chroniques du web en un roman. Et cerise sur le gâteau, le livre a été adapté au cinéma. Julie & Julia sera sur nos écrans français le 16 septembre prochain.

Au début de l’histoire, Julie Powell, vingt-neuf ans, mariée, vit dans un petit appartement à New-York avec ses trois chats et son python. Elle occupe un poste de secrétaire intérimaire pour le gouvernement et plus spécialement dans le service qui gère les commémorations du 11 septembre. Pas franchement emballée par sa vie professionnelle, elle stagne.

Alors qu’elle est chez sa mère, elle feuillette l’un des ouvrages de référence de toutes les ménagères américaines des années 70, L’art de la cuisine française par Julia Child. Bien que n’ayant aucune vocation de cordon-bleu, Julie décide d’emprunter ce livre. C’est là que germe l’idée de réaliser toutes les recettes du livre, toutes sans exception, et en une seule année. C’est-à-dire 524 recettes en 365 jours !

Le problème c’est que Julie Powell n’aimait pas les carottes, les champignons, les oignons grelots, les noix de coco, la confiture, les noisettes, le fromage dans les hamburgers… et par dessus tout, les œufs ! Je vous laisse imaginer les difficultés qu’elle rencontra au fur et à mesure des recettes (bœuf bourguignon, omelettes…).

On peut penser que le but de ce challenge est de changer de voix professionnel en devenant chef. Mais alors pas du tout, du tout. Bien sûr Julie Powell avait le sentiment de tourner en rond, d’être trop vieille pour assouvir sa passion du théâtre et avait peur de voir sa vie avancer sans qu’elle la vive réellement mais l’idée d’en faire son métier n’avait rien à voir là-dedans. Ce qu’elle voulait avant tout c’était un objectif à atteindre, quelque chose sur lequel se focaliser, quelque chose qui la motive chaque jour, après le travail. Bien évidemment, elle n’a pas toujours été joyeuse, certaines recettes s’avérant extrêmement complexes à maîtriser mais qu’importe, l’idée était d’avoir un but et de tout faire pour l’atteindre.

Donc vous me direz que son objectif réel était d’être célèbre en écrivant ? Oui et non. Lorsqu’elle a commencé son blog le 25 août 2002, internet n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Il n’y avait pas une centaine de millions de blogs sur la toile comme c’est le cas de nos jours. C’est son mari, passionné de nouvelles technologies, qui l’incita à ouvrir une page afin de raconter son aventure, pour elle, mais aussi pour laisser une trace.

Après quelques articles, les lecteurs ont commencé à venir. Et surtout à revenir et à commenter ! Ainsi un échange a commencé entre Julie et ses lecteurs mais également entre les différents lecteurs. La particularité du blog de Julie Powell, comparé aux autres blogs sur la cuisine, c’est qu’elle racontait davantage sa vie et ses états d’âmes que le déroulement des recettes à proprement parlé.

Certains ont aimé son langage franc, parfois assez grossier - always the “F” word - d’autres ont surtout apprécié le fait qu’elle n’hésitait pas à parler de ses échecs, à en expliquer les raisons. Ça n’était pas un autre de ces super cuistots qui vous réalisent une recette assez complexe en vous donnant le sentiment que c’est à la portée d’un élève de maternelle. Forcément, lorsque vous essayez, vous vous sentez la dernière des idiotes parce que la texture n’a rien à voir, le fond du gâteau est cramé et en plus ça a un arrière goût d’ail.

Malgré un dégoût total pour les aspics (plats en gelé), un traumatisme à l’idée de tuer les homards et des courbatures pour avoir essayé d’enlever la moelle d’un os, Julie Powell est allée au bout, coûte que coûte. Elle a repoussé ses propres limites et a, au passage, permis aux cuisiniers amateurs d’affronter leurs craintes. La peur devant tes fourneaux tu ne connaîtras point petit scarabée.

Bien évidemment, qui dit recettes qui ne fonctionnent pas comme on voudrait dit crise et qui dit crise, quand on ne vit pas seul, dit dispute avec son conjoint etc. Un jour, elle a écrit que son mari était à la limite de demander le divorce à cause d’une sauce tartare !

Heureusement, l’ironie et l’humour sont la force de cette jeune américaine. Et c’est ce qui est ressorti de ce blog, l’écriture. Julie Powell voulait être écrivain, c’est maintenant chose faite avec Julie & Julia.

À travers la cuisine et l’écriture, Julie Powell a retrouvé confiance en elle. Depuis, elle tient un autre blog, a écrit des articles pour le New York Times, participé à la préparation de l’adaptation cinématographique de son roman et en a écrit un autre, Cleaving, qui sortira bientôt aux États-Unis.

Voilà une vidéo récente de Julie Powell, quelques années après la fin du projet. Pour l’émission, Food in the city, elle doit se préparer à manger uniquement avec ce qu’elle trouve chez elle, comme ça, sans y avoir réfléchis auparavant.

Mais si l’on parle du projet de Julie Powell et de sa réussite sur le plan personnel, on ne peut omettre de s’intéresser quelques instants à l’instigatrice de toute cette aventure, Julia Child.

Pour les américains, le personnage médiatique de Julia Child se résume en trois aspects : sa grande taille d’1m88, sa voix haut perchée lorsqu’elle disait “Bon Appétit” en français et la démocratisation de la cuisine française pour les ménagères américaines.

Julia Child a eu plusieurs vies : rédactrice, volontaire pour la croix-rouge, agent secret… Mariée à Paul Child, un représentant des affaires étrangères américaines, Julia s’est retrouvée à Paris, à l’âge de 37 ans, avec pour seule “tâche” d’être une femme au foyer dévouée. Alors qu’elle était en balade à Rouen, Julia goûta une sole meunière accompagnée de vin. Ce repas sera une véritable révélation pour elle, comme « une ouverture de son âme et de son esprit ». Son mari continua à l’initier au goût de la cuisine française si bien qu’elle décida d’apprendre à confectionner les plats qu’elle aimait tant dans les restaurants. Elle fut la première femme américaine à s’inscrire aux cours culinaires du Cordon-Bleu, à Paris. Quelques temps après, elle rejoignit le Cercle des Gourmettes où elle rencontra Simone Beck et Louisette Bertholle avec qui elle monta son école “informelle” Les Trois Gourmandes. Elle œuvra de longues années afin de rédiger ce qui deviendra la bible de la cuisine française aux États-Unis, Mastering the Art of French Cooking.

À la manière de Julie Powell qui se révéla à elle-même au travers de ce défi, Julia Child reprit confiance en elle en apprenant l’art de la cuisine française. Surtout, sans jamais tenter de simplifier les choses et donc de perdre la recette originale, Julia Child réussit à transmettre son amour de la gastronomie aux femmes de son pays, tout en les libérant d’un conformisme auquel elles étaient habituées. Dès 1963, elle devint extrêmement populaire grâce à son émission The French Chef. Cette grande femme à la voix si spéciale n’avait pas peur de manier les grands couteaux pour occire un homard ou de recommencer si elle n’avait pas bien fait les choses. Elle a démocratisée et surtout dédramatisée la cuisine.

Voilà un extrait de The French Chef avec une recette somme toute basique, l’omelette. Mais vous verrez que cela nécessite un sacré coup de main lorsque l’on décide de faire une omelette, non pas sans casser les œufs mais sans utiliser de spatule !

Pour les plus curieux d’entre vous, vous pouvez admirer sa cuisine au Musée d’histoire de Washington. Elle en a fait don peu de temps avant sa mort, en 2004. Mais pour ceux qui veulent jeter un œil sans prendre l’avion, allez sur le site Internet du Smithsonian.

Avec l’adaptation au cinéma du livre de Julie Powell, Julie & Julia, les ventes du roman ont grimpé. Mais le plus incroyable c’est que les ventes des ouvrages de Julia Child ont quand à elles explosées, confirmant un intérêt sans faille pour cette “bible” de la gastronomie de notre cher beau pays. L’éditeur Alfred A. Knopf a carrément recommandé l’impression de 75 000 copies supplémentaires de Mastering the Art of French Cooking. Et si vous souhaitez acquérir la première édition de cet ouvrage, sortez le chéquier et demandez un emprunt !

Le film Julie & Julia, réalisé par Nora Ephron, vient de sortir aux États-Unis. Le scénario est une adaptation du roman de Julie Powell ainsi que de l’ouvrage de Julia Child My Life in France. Ainsi, on voit en parallèle l’histoire de Julia Child, interprétée magnifiquement par Meryl Streep, qu’on ne présente plus.

Dans le rôle de Julie Powell on retrouve Amy Adams (Il était une fois, Doute, La nuit au musée 2…).

Avant d’aller voir le film dont voici la bande-annonce, je vous incite à lire l’ouvrage d’origine de Julie Powell. Ne vous attendez pas à un livre de cuisine mais plutôt à un roman de Chick Lit dans lequel cuisine, vie de couple et états d’âmes sont au rendez-vous.

Petite anecdote avant de terminer, sachez que les conditions de tournage ne sont pas toujours faciles. Ainsi, lors de l’épisode de la cuisson des homards - que l’on est censé plonger vivant dans l’eau bouillante - des représentants de l’American Humane Association étaient sur le plateau afin de veiller qu’il n’était fait aucun mal aux crustacés. Pour faire illusion, les techniciens ont du ajouter une vapeur d’eau au brumisateur. Mais un conseil, ne pensez pas un seul instant qu’on peut cuisiner un homard sans passer par l’étape dramatique de l’exécution. La cuisine est une lutte sans merci !


© Julie & Julia (book), julie et éric, tranches des livres, blog julie/julia, julie powell cuisine, wnycradio, julia child, danieljlockwood, poulet julia child & meryl streep, plat julie powell & amy adams, trailer, fouet

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

2 commentaires pour “Julie & Julia”

  1. Lolita dit :

    Super ces explications detaillees… J’ai lu ca d’une traite.
    Presque envie de voir le film didon :)

  2. Culture Confiture dit :

    @ Lolita : bon le film a l’air d’une comédie classique américaine, avec forcément une séquence un peu mièvre, le moment rigolo etc.
    mais tant pis, je suis bon public et maintenant que j’ai lu le livre et l’histoire qui était autour, je ne peux pas ne pas conclure par le film dans deux semaines !

Laisser un commentaire