Le “retour au collège” de Riad Sattouf

Tout le monde parle du Bac mais n’oublions pas qu’à son niveau, le Brevet est déjà une étape décisive dans la vie d’un élève. Je ne parle pas de l’examen mais de la porte que ça ouvre pour passer dans un autre monde, le lycée. Tel le boss que l’on vient de réussir dans un jeu vidéo et qui nous permet de passer au niveau suivant, le Brevet marque la fin de notre vie de collégiens. Et lorsque le collège et le lycée ne sont pas dans le même bâtiment, c’est l’occasion de changer d’univers en allant chez les “grands”. Bon c’est toujours la même histoire, de la maternelle vers le primaire, du collège vers le lycée, de la fac vers le premier emploi…

Une chose est certaine lorsqu’on grandit, c’est que l’on est bien content de laisser derrière nous l’âge ingrat de l’adolescence. Enfin ça n’est pas le cas de tout le monde apparemment. C’est du haut de ses 27 printemps que Riad Sattouf a eu l’envie - le besoin ? - de se replonger dans l’époque Biactol®.

Riad Sattouf a passé son enfance entre la Lybie, la Syrie et l’Algérie. Changement de décor pour ses années collèges, direction Rennes. Le Bac en poche, il s’en va à Paris pour suivre les cours d’animation de l’École des Gobelins. Vous avez peut-être vu ses illustrations dans le jeu vidéo Practise English ! sur Nintendo DS. Surtout, il écrit et dessine des bande dessinées avec pour sujet central de la plupart d’entre elles, l’adolescence, ses joies mais aussi sa cruauté. Chaque semaine, il dessine pour Charlie-Hebdo une série intitulée La vie secrète des jeunes.

Lorsque l’on remonte quelques années en arrière, Riad Sattouf n’a pas forcément de très bons souvenirs de son adolescence. Il se décrit lui-même comme ayant été ” timide et inhibé “. Il avait, semble-t-il, tellement de boutons blancs qu’il n’avait pas toujours le temps, en se préparant le matin avant d’aller en cours, de tous les exploser ! Résultat, il a été élu deux années de suite “Garçon le plus moche de la classe”. Forcément ça laisse des traces. Et je ne parle pas que d’acné mais aussi des sentiments de mal être. D’ailleurs Truffaut disait que ” l’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire “.

En 2003, Riad sort l’album Manuel du puceau (édition Bréal Jeunesse), une fiction sur la vie des adolescents et leur obsession de la sexualité. Certains lecteurs cependant - surtout bourgeois catholiques - ont reproché à l’auteur d’avoir trop exagéré le trait de certaines situations et donc d’avoir donné une image décalée de la réalité des ados.

Ni une, ni deux, Riad décide d’aller vérifier de ses propres yeux la jeunesse du XXIème siècle. Même si celle de l’auteur n’est pas si lointaine - nous sommes en 2005 - les choses peuvent avoir évolué depuis les années 90. Pas question d’aller dans un établissement dit “difficile” de peur des clichés trop souvent véhiculés par les médias. Direction un lycée huppé du XVIème arrondissement de Paris où pourraient très bien être les enfants de ceux qui ont émis des critiques sur la véracité des propos tenus dans son précédent ouvrage.

Tel un observateur des temps modernes, Riad Sattouf a passé quinze jours au sein d’une classe de troisième d’un des meilleurs collèges de France. L’auteur raconte au fil des pages, cette adolescence issue des milieux aisés. Le milieu social dans lequel ces jeunes évoluent diffère du sien mais leurs vies de collégiens est-elle vraiment différente pour autant ?

Bien évidemment, Riad Sattouf retranscrit ce qu’il a vu tout en changeant le nom de l’établissement, les noms et les physionomies des personnages. Seules les propos rapportés sont “ absolument véridiques “. Bon, je peux quand même vous révéler que le terrain d’observation est le Collège Charles-Henri, si jamais vous êtes allés là-bas !

Après avoir passé l’étape concierge de l’établissement (voir en bas de la planche ci-dessus), Riad Sattouf se retrouve dans le bureau du proviseur qui le prévient d’entrée que dans son établissement, il n’entendra pas des choses du genre ” Nique ta Mère ! “. Enfin ça, c’est ce qu’il pensait. S’il s’est procuré un exemplaire de Retour au collège, Monsieur le proviseur s’est rendu compte que la réalité est bien différente.

Ce que Riad a vu et entendu pendant ces deux semaines n’a pas calmé ses traumatismes personnels. Bien évidemment, certains codes lui sont inconnus du fait qu’il s’agit surtout d’enfants de “bonnes familles”. Mais la différence se limite à ce statut social car pour le reste, tous les collégiens se ressemblent. Forcément il y a le groupe des “populaires” totalement à l’opposé de celui des “blaireaux” - dans lequel Riad se retrouve plus. Il ponctue son récit avec des souvenirs personnels, ce qui vient renforcer l’idée que les choses ne changent pas vraiment, quelque soit l’époque ou le milieu social.

La discrimination est présente sous différentes formes. Il y a les codes vestimentaires à respecter  - comprenez uniquement des vêtements de grandes marque - pour espérer survivre au sein de cette meute. À cela s’ajoute un racisme primaire selon les origines ethniques et/ou la religion. Et puis ce qui intéresse le plus les jeunes en pleine puberté, c’est l’éveil et la découverte de la sexualité. Sous une allure BCBG, certains élèves ne montrent aucun respect envers leurs professeurs, préférant regarder un film porno sur leurs iPods cachés dans leurs trousses plutôt que d’écouter le cours.

Les élèves de troisième se sentent les rois du monde car il sont les plus grands du collège. Certains profitent de ce “statut” pour écraser les autres, mélangeant mal être et incompréhension dans un mixeur afin de rabaisser ceux qui ne sont pas dans leur clan !

Je vous incite vivement à dévorer ce récit sur ces collégiens que l’auteur décrit comme une ” espèce de l’âge adulte en miniature “ . À défaut d’avoir complètement exorcisé ses années collège, l’auteur nous montre , via un trait simple et épuré, que tous les ados ont les mêmes idéaux et que rien ne change vraiment.

Et si vous aimez l’univers de Riad Sattouf, consultez son site personnel mais surtout foncez voir - ou revoir - Les beaux gosses, un film sur… les collégiens et le monde tel qu’ils le voient ! Ce projet a d’ailleurs pris vie grâce au succès de Retour au collège auquel s’est ajouté l’engouement de la productrice Anne-Dominique Toussaint.

Comme dit si bien Philippe Sollers dans Le DéfiLa maladie de l’adolescence est de ne pas savoir ce que l’on veut et de le vouloir cependant à tout prix “.

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