Manneken-Pis

Que serait Paris sans sa Tour Eiffel, New-York sans sa Statue de la Liberté et Rio sans son Corcovado ? Alors si je vous dis Bruxelles vous me dites… gaufre ? Mais non, ça c’était l’article d’hier ! Et puis je ne parle pas des spécialités culinaires. Alors Bruxelles ne serait pas Bruxelles sans son p’tit bonhomme exhibitionniste qui passe son temps à uriner devant des touristes amusés.

Si vous arrivez pour la première fois dans le centre de Bruxelles, c’est assez simple : suivez les groupes de gens, majoritairement touristes. Soit vous arriverez sur la Grand-Place, sublime symbole architecturale de la ville, soit vous irez un tout petit peu plus loin, à l’angle des rues de l’Étuve et du Chêne, devant la plus célèbre fontaine du pays. Bien évidemment, l’un n’empêche pas l’autre. Et puis il y a encore plein d’autres choses à voir mais ça c’est une autre histoire.

Une fois devant vous vous direz tous la même chose : ” mais c’est comme La Joconde, c’est beaucoup plus petit que ce que l’on imagine ! “.

Afin d’égayer cet article, je vous invite tout d’abord à écouter cette chanson de Maurice Chevalier qui rend hommage au Manneken-Pis.

- Il était une fois, un petit garçon qui urina sur la mèche d’une bombe que des ennemis avaient déposés afin de brûler la cité. Grâce à ce besoin naturel, il sauva les habitants d’un terrible ravage.

- Il était une fois un riche bourgeois Bruxellois qui avait perdu son enfant. Lorsqu’il retrouva enfin son fils, celui-ci était en train d’uriner.

- Il était une fois le roi Léopold Ier qui, durant un défilé, interrompit un petit garçon qui satisfaisait un besoin pressant.

Malheureusement, il n’y a pas d’intrus à barrer dans ces récits mais simplement des légendes concernant le pourquoi de cette statue puisqu’aucun texte ne vient confirmer telles ou telles théories. J’ai une préférence pour la première bien sûr.

Quoi qu’il en soit, les premières traces datent du XIVème siècle. Les archives de Sainte-Gudule - ça ne s’invente pas ça ! - signalent qu’à l’endroit même où se trouve l’actuel Manneken-Pis, se trouvait une fontaine qui alimentait la ville en eau potable. Une statue nommé Julianekensborre (= Petit Julien) s’y trouvait. Le nom actuel n’apparaît qu’à partir de 1451. Selon les pays, l’orthographe diffère. Ainsi en dialecte brusseleer on dit Menneke Pis ce qui signifie « le môme qui pisse ».

La statue était en pierre jusqu’à ce que Jérôme Duquesnoy, célèbre sculpteur bruxellois du XVIIème siècle soit chargé de la couler en bronze. Elle fut ensuite posée sur un pilier de six pieds de haut (=1,82m). Il faudra attendre 1770 pour que la statue soit placée dans une niche bleutée, comme on la connait actuellement.

Alors même si le Manneken-Pis a la vie belle, sans cesse photographié et admiré par les foules, ça n’est pas de tout repos. Déjà il ne faut pas être pudique mais surtout, ça attire les jalousies et les convoitises.

Rien qu’en août 1695, le Manneken-Pis est passé près de la “mort” lors du bombardement de la ville par les armées de Louis XIV. Heureusement, les habitants ont retiré la statue à temps et l’on mise à l’abri le temps que le calme revienne. Mais c’était sans compter sur les anglais qui, en 1745, dérobèrent le Manneken-Pis et l’emportèrent jusqu’à la ville de Grammont. De vaillants habitants réussirent, malgré les risques, à le leur dérober. Une fois l’ennemi hors du pays, ils l’exposèrent sur la Grand-Place de Grammont avant de le rendre aux Bruxellois.

Alors que le roi de France, Louis XV, dominait la Belgique en 1747, certains citoyens français enlevèrent le “petit garçon”. Mais après quelques temps, ils trouvèrent que cet objet en bronze d’une cinquantaine de centimètres était trop encombrant et décidèrent de l’abandonner à la porte d’un cabaret qui fut rebaptisé du nom de la statue.

Le plus douloureux arriva en 1817 lorsqu’un galérien tout juste gracié endommagea fortement le Manneken-Pis. L’apothéose de cette série de vandalisme se passa au XXème siècle : mutilations et tentatives de vols de la part d’étudiants éméchés.

Si bien que - et c’est là que je vais briser le rêve - la statue originale a été retirée de la fontaine en 1965 pour être conservée dans la Maison du Roi. Depuis, nous n’admirons qu’une simple copie !

Quoi qu’il en soit, original ou pas, les touristes se pressent pour admirer ce symbole national. Et certains jours plus particulièrement, lorsque le Manneken-Pis revêt une tenue spéciale afin de célébrer une fête. Toutes les dates de manifestations sont détaillées sur ce site.

C’est le 1er mai 1698, que le Manneken-Pis a revêtu une tenue pour la première fois. L’électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, alors gouverneur général des Pays-Bas, avait organisé une fête pour les arquebusiers. Pour l’occasion, Maximilien fit don à tous les confrères d’un costume de drap couleur “bleu de Bavière”. Le “petit garçon” se vit également offrir cette tenue. C’est le premier d’une longue collection de plus de 800 pièces qui sont exposées au Musée de la Ville de Bruxelles, situé dans la Maison du Roi sur la Grand-Place.

L’autre anecdote célèbre à propos des costumes de la statue concerne Louis XV. Afin de calmer la population outragée par le comportement des grenadiers français, le roi de France décida d’honorer le Manneken-Pis en lui offrant une tenue de marquis et en le nommant chevalier de l’ordre de Saint-Louis.

Depuis cette époque, ce p’tit gars a été “déguisé” plus ou moins sérieusement selon les évènements à célébrer :  en Père Noël, en diablada comme en Bolivie, en Obélix, avec la tenue de la confrérie de l’éléphant rose, en Dracula, en carabin du Cercle de Médecine de l’ULB,…

Mais mon coup de cœur du Manneken-Pis le plus décalé revient au “Manneken-Elvis”. Le King n’est pas mort, il s’est simplement réincarné en statue le 16 août 1999.

Et à ceux qui se demandent si le Manneken-Pis n’urine que de l’eau, parce que bon, on est en Belgique tout de même, la bière coûte moins cher que l’eau dans ce pays et bien je vous réponds, non, pas toujours. En effet, il est arrivé, à de rares occasions, que l’eau soit remplacée par des boissons alcoolisées type hydromel, pour le plus grand plaisir des habitants.

Par exemple, en 1890, lors de grandes fêtes, le Manneken-Pis fit jaillir du vin et le lendemain du lambic, la bière bruxelloise. C’est que ça fait beaucoup uriner la bière, c’est bien connu.

Le 20 Novembre, lors de la Saint-Verhaegen qui célèbre la fondation de l’Université libre de Bruxelles (ULB), la tradition de faire couler de la bière par le Manneken-Pis est restée.

Quoi qu’il en soit, tout ce qui peut arriver à la statue est contrôlé par les membres de l’Ordre des Amis de Manneken-Pis. Cette association créée en 1954 tente d’assurer le bon accueil des touristes et organise des manifestations pour veiller à l’expansion culturelle de Bruxelles partout dans le monde.

Pour compléter votre visite, des boutiques de souvenirs vous proposeront, un peu partout, des objets en tout genre à l’effigie du petit garçon : statuettes, tire-bouchon, paquet de cigarettes Camel, chocolats,…

Mais le plus sympathique, et ce que peu de touristes savent, c’est que la visite de la famille ne s’arrête pas là. Depuis 1987, le Manneken-Pis a une sœur prénommée Jeanneke-Pis. Installée de l’autre côté de la Grand-Place - impasse de la Fidélité, près de la rue des Bouchers - cette statue d’environ 50 centimètres a été créée par l’artiste Denis-Adrien Debouvrie.

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