Les Champs-Élysées

Si je vous dis Champs-Élysées vous me répondez soit ” c’est la plus belle avenue du monde ” soit vous vous mettez à chanter ” Aaaaaaaaaaauuuuuuuux Champs-Élysées, padampadamda ” de Joe Dassin !

Maintenant que c’est dit, allons farfouiller un peu plus loin, sous la surface, histoire d’en savoir un peu plus que n’importe quel touriste en visite à Paris.

D’un point de vue géographique, si vous cherchez les Champs - oui, c’est plus rapide à dire et vous vous doutez bien que je ne parle pas de la campagne Normande avec les vaches et les pommiers ! - et bien il suffit d’aller dans le 8ème arrondissement de Paris. Si vous êtes nuls en orientation, rassurez-vous, les Champs s’étendent sur 1 910 mètres de long et 70 mètres de large donc vous pouvez tomber dessus assez facilement. On nous montre souvent, à tort, la place Charles-de-Gaulle (ex place de l’Étoile) avec l’Arc de Triomphe mais ça ne représente que l’extrémité nord de l’avenue. En effet, au Sud, les Champs vont jusqu’à la place de la Concorde où se trouve l’Obélisque.

Remontons dans le passé tel Doc et sa DeLorean. À l’origine, sur ce terrain se trouvait des marécages inhabités. Ce n’est qu’en 1616 que Marie de Médicis décide d’aménager cet espace situé le long de la Seine en une longue allée bordée d’arbres. Elle la baptise Cours la Reine.

Les réelles transformations commencent à partir de 1670 lorsque le Roi Soleil passe commande auprès de son paysagiste, André Le Nôtre, qui a déjà réalisé le jardin des Tuileries. Celui-ci décide de tracer une avenue dans l’axe central du Palais des Tuileries et en direction de la montagne du Roule (qui deviendra ensuite la place de l’Étoile). Tout d’abord nommée Grand-Cours, cette avenue deviendra la Grande allée du Roule puis l’avenue du Palais des Tuileries avant de prendre, en 1789, son nom actuel d’Avenue des Champs-Élysées. Cette dénomination trouve son origine dans le lieu des Enfers où séjournaient les âmes vertueuses dans la mythologie grecque.

Au XVIIIème siècle, le village du Roule est annexé aux faubourgs de Paris et des bâtiments sont construits de part et d’autre de l’avenue. En 1770, le Marquis de Marigny nivelle la montagne du Roule et élargit l’avenue. En 1771, un luxueux parc de loisirs, le Colisée, est inauguré au niveau du rond-point des Champs-Élysées.  Destiné aux riches familles, ce lieu comprenait une rotonde servant de salle de bal, une salle de spectacle, quatre cafés représentant les quatre parties du monde, des bassins pour faire des feux d’artifice…

Malheureusement, ce lieu ne tarde pas à faire faillite car les parisiens hésitent à se rendre à la nuit tombée dans ce quartier excentré et mal famé, fréquenté par des brigands et des prostituées. Pour améliorer la sécurité des lieux, un poste de Gardes Suisses est installé dès 1777.

Les Champs-Élysées deviennent populaires à partir de la Révolution Française. C’est d’ailleurs le chemin emprunté par le cortège des mégères dirigé par Théroigne de Méricourt pour aller chercher puis ramener la famille royale de Versailles à Paris. Durant la Terreur, le sud de l’avenue est le théâtre des exécutions par guillotine de Louis XVI, Marie-Antoinette, Robespierre…

Une fois le calme revenu dans la ville, l’avenue redevient un lieu de promenade et de détente, bordé de restaurants et de cafés élégants comme Les Ambassadeurs dont les plans auraient été dessinés par Jean-Jacques Rousseau.

Au XIXème siècle, de nouveaux aménagements viennent parer l’avenue grâce au travail de l’architecte Jacques Hittorff et de la ville de Paris : quatre fontaines montées de scultpures ainsi que des trottoirs bordent les allées qui sont désormais éclairées par des réverbères en fonte alimentés au gaz. Ces éclairages, désormais électriques, sont toujours présents de nos jours.

Pour compléter l’ensemble, Hittorff construit aussi un Panorama, un théâtre, un cirque, des restaurants et cafés luxueux. Certains de ces bâtiments sont toujours utilisés de nos jours. Citons au n°8 de la rue Gabriel, l’Alcazar d’été, un café-concert réputé que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Pavillon Gabriel. De même il existe toujours le restaurant Ledoyen situé dans un pavillon à frontons et colonnes polychromes.

Durant le Second Empire, les Champs-Élysées deviennent LE lieu à la mode. Les constructions fleurissent et l’avenue se borde de maisons bourgeoises, d’hôtels particuliers et d’immeubles luxueux. Toute l’élégance parisienne se presse sur les Champs grâce entre autre à l’Omnibus qui dessert l’avenue. Parmi les gens célèbres à avoir habité dans un logement donnant sur l’avenue, citons la duchesse d’Uzès, le Président de la République Raymond Poincaré ou encore l’actrice Sarah Bernhardt.

Le lieu ne désempli pas lors des expositions universelles de 1855, 1878 et 1889 et des salons en tout genre qui sont situés dans le Palais de l’Industrie (là où se trouvait auparavant le Panorama des Champs-Élysées dessiné par Hittorff).

À l’occasion de l’exposition universelle de 1900, le bâtiment est rasé pour laisser place au Petit et au Grand Palais comme nous les connaissont aujourd’hui. L’accès aux Champs depuis la Rive Gauche est facilité avec la création du Pont Alexandre III.

Au XXème siècle, de nombreuses marques de luxe s’installent. Cependant, avec l’ouverture de la ligne A du RER dans les années 70, le commerce change. En effet, les parisiens et les franciliens de toutes conditions sociales accourent sur l’avenue qui perd, selon certaines enseignes, son standing. Des marques populaires, généralement du textile, viennent s’installer dans l’avenue qui comprend désormais un public plus mixte socialement parlant. Les compagnies aériennes disparaissent et sont remplacées par des espaces d’exposition d’enseignes automobiles. Sans compter les touristes pour qui la balade sur les Champs-Élysées est inévitable.

Il existe cependant une différence notable entre les deux trottoirs de l’avenue. Côté pair (trottoir Nord, au soleil, à gauche sur la photo), les galeries commerçantes et les boutiques populaires y sont plus nombreuses. L’affluence varie entre 500 000 et 850 000 visiteurs selon les jours de la semaine. Sur l’année, le chiffre se situe entre 80 et 120 millions !

Mais les loyers de l’avenue ne cessent de grimper, atteignant les sommes astronomiques de 5 000 à 10 000€ par mois. C’est d’ailleurs le troisième lieu le plus cher au monde derrière la 5ème Avenue de New-York et le Pic Victoria de Hong Kong. De nombreuses enseignes, malgré le succès, sont obligées de fermer à cause du prix du loyer. La diversité commerciale est de plus en plus compromise.

Même si la différence a tendance à diminuer ces dernières années, les loyers sur le côté impair (trottoir Sud, à droite sur la photo) sont légèrement plus bas car plus à l’ombre et donc moins fréquentés. On y trouve principalement des enseignes chics (Lancel, Louis Vuitton, Omega…). Peu de gens peuvent encore se permettre de vivre dans les immeubles qui sont majoritairement occupés par des bureaux.

Mais l’avenue des Champs-Élysées est également très fréquentée une fois la nuit tombée. En plus de certaines boutiques qui ferment exceptionnellement tard - la Fnac est ouverte 7j/7 et ferme à 23h45 - parisiens et touristes se pressent sur l’avenue pour manger dans les restaurants chics comme Le Fouquet’s. Puis ils vont voir un spectacle au Lido ou un film en avant-première au cinéma (avec des stars sur le tapis rouge bien sûr) et dansent parfois jusqu’au bout de la nuit au Queen ou au VIP Room.

Le Comité Champs-Élysées, créé en 1860 et dirigé par Roland Pozzo di Borgo, a pour objectif de maintenir une image prestigieuse de l’avenue en faisant, entre autre, des démarches d’embellissement. Ainsi, en 1994, Jacques Chirac, alors maire de Paris, lance d’importants travaux (250 Millions de Francs) en collaboration avec l’urbaniste Bernard Huet et les designers urbains Jean-Michel Wilmotte et Norman Foster. Ils suppriment les contre-allées et modernisent l’avenue.

Certains lieux de mémoire sont toujours visibles de nos jours. Citons le numéro 25, l’Hôtel de Païva, un hôtel particulier qui a récemment été restauré et qui est occupé depuis le début du XXème siècle par un cercle privé, le Travellers. C’est un bon exemple des fastes de la décoration intérieure du Second Empire. Les n°76-78 renferment les Arcades du Lido, un passage  composé de colonnes de marbre où se trouvaient des salons de beautés puis le cabaret du Lido. C’est actuellement utilisé en galerie marchande. Au n°119 se situait l’Hôtel Carlton, construit en 1907 par l’architecte Pierre Humbert et qui depuis 1988 est le siège de la Compagnie Air France.

Les Champs-Élysées sont également associés à certains événements annuels comme le marathon de  Paris, le pélerinage catholique à la veille de Pâques, le défilé du 14 juillet (depuis 1919) et l’arrivée du Tour de France. Au mois de décembre, l’avenue se couvre de lumière - avec des ampoules basse consommation, rassurez-vous ! Offert par le comité Champs-Élysées, l’évènement est inauguré chaque année par une célébrité (la dernière en date était l’actrice Marion Cotillard). Et pour célébrer comme il se doit les fêtes de fin d’année, les Champs sont réservés aux piétons le soir du 31 décembre.

Mais l’avenue la plus célèbre de France est aussi le théâtre d’évènements uniques :

- Le 15 décembre 1840 a eu lieu la cérémonie du retour des cendres de Napoléon Ier devant 100 000 personnes amassées sur les Champs.

- Le 29 Août 1944, des troupes américaines ont défilé après la libération de Paris durant la Seconde Guerre Mondiale.

- Le 24 juin 1990 était placé sous le signe de la campagne avec la Grande moisson des Champs-Élysées. Pour l’occasion, les Champs ont été recouverts d’un hectare et demi de blés murs puis moissonnés par des moissonneuses-batteuses.

- Du 11 avril au 9 juin 1996 puis du 15 septembre au 14 novembre 1999, l’avenue a servit de galerie pour une exposition de sculptures d’artistes contemporains intitulée Les Champs de la Sculpture.

- Le 12 Juillet 1998, l’avenue est envahit par les supporters des bleus, venus crier leur joie suite à la victoire de l’équipe de France à la Coupe du Monde de Football. L’arc de Triomphe est illuminé du visage des joueurs.

- Le 13 Juillet 1998, les bleus remontent l’avenue à bord d’un bus à impériale afin de saluer la foule. Plus de 500 000 fans sont venus célébrer les “héros” nationaux du ballon rond.

- Le 1er Juin 2003, à l’occasion de l’exposition Train capitale qui présente le matériel de la SNCF, ancien et moderne, une ligne éphémère est aménagée entre la place de la Concorde et l’avenue George V. Un train de voyageurs y circule même en continu de 9h30 à 20h00.

- Le 5 juin 2005, afin de mettre en avant la candidature de Paris en tant que ville organisatrice des Jeux Olympiques de 2012, les Champs se transforment en terrain de sports : piscine, terrain d’athlétisme, tatamis… Plus de 700 000 spectateurs sont venus assister aux présentations sportives.

- Le 13 Juin 2009, a eu lieu un événement qui n’a pas la même ampleur que ceux cités précédemment mais qui est beaucoup plus rigolo. Une centaine de personnes ont descendu l’avenue en caleçon et petite culotte pour célébrer les No Pants Days (voir vidéo). Certains l’ont fait pour se marrer, d’autres pour décomplexer les gens face à la dictature du papier glacé qui montre des corps parfaits qui n’ont plus rien de normal !  L’un des participants affirme tout simplement ” La normalité, elle est là, dans la rue et on la montre “. À mi-parcours, les services de police ont débarqué mais n’ont pas interrompus la manifestation qui se déroulait dans une ambiance bon enfant. Ils se sont contentés de les accompagner jusqu’au Rond-Point des Champs-Élysées où tout les participants ont remis leurs pantalons.

Bien qu’elle fasse toujours autant rêver, l’avenue des Champs-Élysées est sujette, comme dans la plupart les lieux touristiques, à la forte présence de pickpockets. D’après le rapport 2007 de l’Observatoire National de la Délinquance c’est dans le VIIIème arrondissement qu’il y aurait eu la plus forte hausse d’atteintes violentes de la capitale.

Mais l’avenue est aussi synonyme du chic et de l’élégance du fait de sa proximité avec les luxueuses boutiques de l’avenue Montaigne et surtout avec la résidence du Président de la République Française. Pour ceux qui se disent ” les Champs-Élysées et le Palais de l’Élysée… aucun lien j’suis fils unique ? * “. Et bien si, comme on s’en doute, le Palais de l’Élysée tient son nom de sa proximité avec l’avenue, et cela depuis que la princesse Bathilde d’Orléans l’occupa en 1787.

* prière de regarder La cité de la peur pour comprendre cette référence, merci.

L’avenue des Champs-Élysées a également inspiré la création de grandes avenues de ce genre dans d’autres villes du globe :

- Avenida Paseo de la Reforma est la plus belle avenue de Mexico. Longue de 12 kilomètres, elle a été créée en 1860 pour relier le Château de Chapultepec au Palais national situé dans le centre de la ville. Dans le Monopoly mexicain, c’est évidemment l’une des “rues” les plus chères !

- Benjamin Franklin Parkway a été créé en 1917 dans la ville de Philadelphie pour relier l’hôtel de ville au Philadelphia Museum of Art. Cette longue avenue d’1,6 kilomètres traverse tout le quartier des musées (dont le musée Rodin !). En tentant de faciliter la circulation dans le centre-ville tout en restaurant la beauté naturelle et artistique de la ville, cette avenue symbolise le renouveau urbain des États-Unis. Comme sa cousine française, cette avenue est également utilisée lors de manifestations exceptionnelles (concerts…) et comme point de départ d’une course cycliste faisant partie du circuit international.

Dernières petites références si vous voulez admirer l’avenue sous un angle plus cinématographique. Plusieurs films comme À bout de souffle et Paris brûle-t-il ? ont utilisé l’avenue des Champs comme lieu de décor. Mais deux films mettent particulièrement en valeur l’avenue des Champs-Élysées :

- Remontons les Champs-Élysées de Robert Bibal et Sacha Guitry. Dans ce film, un professeur raconte l’Histoire de l’avenue des Champs-Élysées au travers d’histoires datant de 1617 à 1938.

- Seuls Two d’Éric Judor & Ramzy Bedia. Au début du film, le personnage joué par Éric se retrouve seul dans Paris. Mais quand je vous dis seul, c’est VRAIMENT seul. Immaginez, la capitale vidée de ses habitants, de ses voitures… en somme de toutes vies. Le tournage a été particulièrement compliqué à organiser. Les scènes ont été tourné sans perdre une seule seconde, surtout lorsqu’il s’agit de l’avenue des Champs-Élysées qui n’a été bloqué qu’une matinée, à peine plus pour la place de la Concorde.  Ils ont profité des préparations du défilé du 14 juillet pour occuper l’avenue qui normalement est bondée à longueur de journées. Environ 200 “bloqueurs” étaient là devant chaque porte, chaque angle de rue, pour empêcher que le tournage ne soit retardé par un passant !

Ce genre de scène avait déjà été tourné pour le film Vanilla Sky (extrait à partir de 1′15). On y voyait Tom Cruise, seul à Times Square. Ce tournage New-Yorkais était encore plus compliqué car la ville ne “dort” jamais.

Voilà la bande-annonce de Seuls Two

Si vous prévoyez de venir vous balader sur les Champs-Élysées, consultez ce site qui réunit toutes les informations concernant l’avenue la plus célèbre de France. Et si le temps est de la partie, vous pourrez même profiter d’un splendide coucher de soleil mettant en valeur l’alignement de l’Obélisque, de l’Arc de Triomphe et peut-être même de l’arche de la Défense.

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3 commentaires pour “Les Champs-Élysées”

  1. » Archive du blog » Dîner en blanc dit :

    [...] sur la passerelle Solférino, à Versailles (devant le château), sur le Trocadéro, sur les Champs-Élysées, sur le Pont Saint-Louis, Place de la Concorde, sur l’esplanade de Notre-Dame, Place du [...]

  2. » Archive du blog » Les Champs-Élysées se mettent au vert dit :

    [...] vous avais parlé, dans mon article sur les Champs-Élysées, de certaines manifestations hors du commun comme La Grande Moisson des Champs-Élysées en 1990, [...]

  3. lunettes de soleil pas cher dit :

    Cela m’a donné beaucoup d’expérience, beaucoup de réfléxions. Je vais le partager avec mes amis?Je viens juste de tomber sur votre travail. Je suis sans voix.Quel talent. Vous êtes une source d’inspiratio

    Notre intérêt commun oh, trois lignes doit être mon professeur ( ? ? _ ) ?

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