Harold & Maude

Parmi les réalisateurs américains cultes des années 70, on oublie trop souvent le talentueux Hal Ashby. Tout d’abord monteur de talent - il obtient l’Oscar pour Dans la chaleur de la nuit en 1967 - il s’intéresse ensuite à la production - L’affaire Thomas Crown en 1968. Mais c’est à partir de 1970 qu’il passe enfin à la réalisation pour déposer sur pellicule toute sa créativité et y laisser l’empreinte de sa vraie personnalité.

Aujourd’hui je veux vous parler d’un film en particulier, celui qui a été son plus gros succès : Harold & Maude. Mais je vous incite vivement à découvrir l’étendu de son talent : La dernière corvée (1973, avec Jack Nicholson & Randy Quaid), Shampoo (1975, avec Warren Beatty & Goldie Hawn), En route pour la gloire (1976, avec David Carradine), Retour (1978, avec Jane Fonda & Jon Voight), Bienvenue, Mister Chance (1979, avec Peter Sellers & Shirley MacLaine),… Si vous maîtrisez la langue de Shakespeare, je vous incite vivement à lire l’article de Good Magazine dans lequel des acteurs et des réalisateurs parlent d’un film d’Hal Ashby et de l’influence que celui-ci a eu sur leur travail.

Revenons à nos moutons. Harold & Maude n’est que le second long-métrage réalisé par Hal Ashby mais il est depuis devenu incontournable (Citizen Kane était bien le premier film d’Orson Welles !). Sorti dans les salles le 6 décembre 1972, le film n’est pas tout de suite devenu culte.

Présentons d’abord l’idée générale du film :

Harold, âgé de 18 ans, est un jeune homme de bonne famille, ayant reçu de sa mère pince sans rire une éducation sans joie et sans amour. Plutôt dépressif, le jeune homme ne voit pas d’intérêt à la vie. Ses activités se résument à feindre des suicides toujours plus créatifs, à se balader au volant de son corbillard et à assister aux obsèques de parfaits inconnus.

«  Harold : Je n’ai pas vécu. Je suis mort quelques fois. »

Maude, bientôt 80 ans, est tout l’inverse. Venue d’Europe, elle ne croit qu’en une chose, la vie et les plaisirs que celle-ci peut nous offrir. Son idéal, découvrir une nouvelle chose chaque jour. Espiègle et dynamique, elle fait fie des lois et de l’autorité lorsqu’il est question d’amour et de protection de la nature. Son caractère pétillant ne l’empêche pas d’apprécier les funérailles de gens qu’elle ne connaît pas. C’est d’ailleurs le premier point commun entre les deux personnages.

«  Harold : Est-ce que vous priez ?
Maude : Prier ? Non, je communique !
Harold : Avec dieu ?
Maude : Avec la vie ! »

Contre toute attente - aux vues des différences d’âge et d’état d’esprit des  personnages - Harold va découvrir, grâce à Maude, ce que sont l’amour et la joie, c’est-à-dire tout simplement l’intérêt de la vie.

Cette bande-annonce devrait vous éclairer un peu plus et surtout vous donner une bonne idée du ton général de ce film si différent de ce que l’on a l’habitude de voir.

Les années 70 représentent une époque importante dans l’industrie du cinéma américain. À Hollywood, on voit surgir des réalisateurs à l’indépendance et à la créativité pleines de transgressions. Hal Ashby fait partie de ceux-là à la différence près qu’il ne sort pas d’écoles de cinéma comme Steven Spielberg ou Martin Scorsese. En 1972, date de sortie du film, les américains ont pour président Richard Nixon qui prône “la loi et l’ordre”. Dans cette société qui a élu un conservateur, le film d’Hal Ahsby fait un flop. Et pour cause puisque cette satire sociale se moque ouvertement de l’armée, de la police et même de l’Église, c’est-à-dire toutes ces institutions qui sont le centre d’attention du gouvernement de Nixon.

Outre le fait qu’il s’agisse d’une comédie à l’humour noir, ce film soulève des questions d’ordre morale. Cette relation entre un jeune homme et une dame qui pourrait être sa grand-mère - bien que très belle et illustrant encore plus l’idée de liberté d’action de l’être humain - choque une partie de la population. Certains pays décident d’attribuer des interdictions (aux moins de 12 ans et même par endroit aux moins de 18 ans). C’est franchement inapproprié puisqu’il n’y a rien de choquant. De plus, la Paramount refusa qu’une scène d’amour soit intégrée au film. On voit tout au plus un bisous.

Autre interdiction, la présence à l’écran de FUCK WAR écrit en lettres géantes sur la plage (uniquement visible sur la seconde bande-annonce à 2′18 mais je vous déconseille de la regarder si vous ne connaissez pas déjà le film).

Quoi qu’il en soit, le réalisateur a tenté d’illustrer en Harold le nihilisme de la jeunesse aliénée de son époque en opposition à l’optimisme de Maude qui a foi en l’avenir malgré les horreurs qu’elle a enduré au début du vingtième siècle.

C’est d’ailleurs d’après le nom des personnages qu’ont été créé les termes d’Haroldisme et de Maudianisme (qui correspondent à l’état d’esprit de chacun des personnages).

Ce qui fait sans doute l’une des plus grandes réussites de ce film c’est l’équilibre d’un scénario offrant de l’humour macabre à côté de scènes d’une grande légèreté, en particulier lors des scènes de suicide. Durant les conversation entre Harold et Maude, on passe sans cesse de l’émotion au rire.

L’histoire est de Colin Higgins. Vous pouvez d’ailleurs acheter le roman. Pour l’anecdote, sachez que le scénario du film est une version remaniée et plus complète du mémoire de fin d’étude que Colin Higgins devait réaliser pour la section “scénario” de l’Université de UCLA. Depuis, le scénario a été adapté pour le théâtre. La pièce est depuis un véritable succès. Moins de deux ans après sa création, la pièce avait déjà été jouée 1 957 fois ! Pour célébrer la première année de représentations, Ruth Gordon, qui joue Maude dans le film, a fait une apparition. Et pour les deux ans, ce fut le tour de Bud Cort (Harold). Jean-Claude Carrière, avec Colin Higgins, adapta également la pièce en français en 1973. Mise en scène et jouée par Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud dans les rôles principaux, la pièce a été joué plus de 400 fois.

Le film a eu beaucoup de succès en France où il fut exploité en exclusivité pendant plusieurs années à Paris. Après avoir été remastérisé, le film est réapparu en salle le 8 avril dernier (2009). Pour l’occasion deux nouvelles affiches ont été édité. Elles viennent s’ajouter à une jolie collection, toutes dessinées.

Une fois n’est pas coutume, citons quelques chiffres futiles : selon le très sérieux American Film Institute, Harold & Maude est en 9ème position dans la liste des plus grandes comédies romantiques de tous les temps et en 45ème position des cent films les plus drôles de tous les temps.

Autre aspect indissociable du film, sa musique. Et quelle musique ! Celle de Cat Stevens nous emporte. Personnellement j’adore la voix folk et la guitare sèche de Cat Stevens (devenu depuis Yusuf Islam). Elle s’adapte si bien à l’histoire et à l’état d’esprit des personnages. L’association Harold & Maude et Cat Stevens c’est comme Le lauréat et Simon & Garfunkel ou encore Le fabuleux destin d’Amélie Poulain et Yann Tiersen ! La bande-originale du film contient des titres déjà existants (la plupart sont présents sur l’album Tea for the Tillerman) ainsi que deux titres écrits spécialement pour le film : Don’t be shy et If You Want to Sing Out, Sing Out.

Malheureusement ces deux derniers titres ont pendant longtemps été introuvables. Mais c’était sans compter sur Cameron Crowe - le réalisateur d’Almoust Famous, Vanilla Sky… - qui a créé la société Vinyl Films et qui a décidé de sortir un vinyle exceptionnel de la bande-originale d’Harold & Maude. Cet objet de collection édité à seulement 2 500 exemplaires comporte toute la bande-son ainsi que des interviews à propos du film le tout dans un très beau packaging. Malheureusement, ce petit trésor a été mis en vente au début de l’année 2008. Il est donc difficile de s’en procurer un exemplaire, à moins d’y mettre le prix ! Je vous propose quand même des solutions (mais sortez votre porte-monnaie). Les enchères sur ebay ou bien sur amazon.com. Mais si vous n’avez pas les finances suffisantes mais que vous voulez les deux titres créés pour le film, alors achetez l’album Remember Cat Stevens ou bien écoutez-le librement sur Deezer.

Bud Cort, qui interprète Harold, a hésité avant d’accepter ce rôle, de peur d’être catalogué dans le registre  des personnages à la psychologie étrange. Il consulta même Robert Altman, son mentor avec qui il avait tourné Brewster McCloud et M.A.S.H. Le rôle d’Harold sera son plus célèbre et aussi celui qui l’aura finalement un peu bloqué. Il a par la suite passé des auditions pour le rôle de Billy dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. Mais puisqu’il s’agissait d’un personnage interné en hôpital psychiatrique, il refusa. Il tenta à la place d’obtenir, sans succès, le rôle tenu par Jack Nicholson. Il recommença à tourner dans les années 80 mais jamais en tant que rôle principal. Il a malgré tout refait surface en 2003 dans La vie Aquatique de Wes Anderson. Malgré son crâne dégarni et ses lunettes de comptable, on reconnaît bien son regard si particulier. Il a également tourné pour la télévision et les plus observateurs l’auront reconnu dans le rôle d’un curé dans Ugly Betty.

Alors que Ruth Gordon qui joue Maude, était déjà connue et sa carrière était établie. Elle avait même gagné  en 1968, l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour Rosemary’s Baby de Roman Polanski. Elle était également une scénariste féministe et engagée.

En 1972, les deux acteurs ont été nommé comme meilleur acteur et meilleure actrice aux Golden Globes mais n’ont malheureusement pas gagné.

Voilà une petite bibliographie histoire d’approfondir le sujet :

- The films of Hal Ashby de Christopher Beach

- Being Hal Ashby : Life of a Hollywood Rebel de Nick Dawson

- Le cinéma américain des années 70 de Jean-Baptiste Thoret

Dans le genre anecdote inutile mais parfaitement indispensable, sachez que Ruth Gordon n’avait pas son permis de conduire, comme son personnage Maude (” Je n’ai pas de permis de conduire, officier. Je n’ai pas vraiment confiance en ça “). Faut dire que la conduite de Maude laisse parfois à désirer, surtout lors des manœuvres. Ainsi, l’actrice a été doublé pour certaines scènes. Et même si ça n’est pas lié à la conduite, Bud Cort se blessa à la tête lors de la scène où ils sont sur la moto.

Autre type d’anecdote, plus classique, les caméos. Ouvrez l’œil car Hal Ashby, reconnaissable à sa grande barbe, fait une apparition dans le film dans une salle de jeux. Chut, chut, je n’en dirais pas plus. Mais parce que je vous trouve extrêmement sympathiques chers lecteurs, sachez que Cat Stevens est lui aussi présent dans l’histoire, il assiste à des funérailles et se trouve devant Maude.

Harold & Maude est présent chez d’autres artistes sous forme d’hommages. En effet, les frères Farelly font allusion à ce film mythique dans leur comédie Mary à tout prix. Mary, le personnage principal joué par Cameron Diaz, affirme qu’Harold & Maude est “ la plus grande histoire d’amour de tous les temps “.

Ça reste à prouver mais ça ne m’étonnerait pas que les créateurs de la série How I met your mother aient fait une référence à Harold & Maude en intégrant un personnage féminin qui se balade avec un parapluie jaune, comme Maude lorsqu’elle va aux enterrements !

Plus récemment et dans un genre plus musical, Jérémy Châtelain parle des personnages du film dans sa chanson simplement intitulée Harold et Maude (extraite de l’album Nouveau Né).

Alors si vous aussi vous êtes fan, n’hésitez pas à vous parer des accessoires de merchandising !

Mais le plus original sera d’acquérir ces magnifiques petites marionnettes pour doigts !

If you want to be free, be free…

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11 commentaires pour “Harold & Maude”

  1. Dim dit :

    Excellent le coup du parapluie jaune…

  2. Culture Confiture dit :

    @ Dim : C’est peut-être moi qui affabule à vouloir voir des liens là où il n’y en a pas, peut-être qu’en regardant la série jusqu’au bout j’aurais une réponse… mais un parapluie jaune, ça ne peut pas être innocent !!!

  3. Dim dit :

    Alors c’était du bluff Martoni?!

  4. Culture Confiture dit :

    @ Dim : du bluff non, plutôt un pari sur l’avenir ;-)
    et puis dans l’article j’avais commencé ma phrase par “Ça reste à prouver mais ça ne m’étonnerait pas…”
    Quand bien même, en analyse filmique ce serait considéré comme une ouverture…

  5. Dim dit :

    Mouais, dans ce cas là moi je verrais plutot une référence aux parapluies de Cherbourg, à Groquik et chantons sous la pluie…
    Si Hal Ashby t’entendait il se retournerait dans sa tombe!

  6. » Archive du blog » Father & Son dit :

    [...] une multitude de hits. Il a également marqué le 7ème art en composant la bande-originale du film Harold & Maude. Mais c’est en 1970, avec l’album Tea for the Tillerman, qu’il marque le plus les [...]

  7. draktin dit :

    J’ai trouvé cet article très passionant, super article et super sujet! J’ai adoré le film et tout ces renseignement me l’on fait voir de façon un peu différente. Un mot :Exellent (pour l’article et le film). ;)

  8. Culture Confiture dit :

    @ draktin : Merci pour ces compliments ! Faut dire que le sujet est passionnant, ça aide à être enthousiaste :-)

    J’ai remis la vidéo de la bande-annonce, ça doit fonctionner maintenant.

    Et j’ai depuis trouvé la photo correspondant à la prestation de Bud Cort dans la série “Ugly Betty”. J’ai ajouté le lien dans l’article.

    Je suis certaine qu’il y a encore des choses à découvrir ! En attendant, je te conseille vivement les autres films d’Hal Ashby que j’ai cité en début d’article.

  9. » Archive du blog » Un mois déjà… dit :

    [...] Mercredi (cinéma) : Harold & Maude [...]

  10. ray ban wayfarer dit :

    J’ai remis la vidéo de la bande-annonce, ça doit fonctionner maintenant.

  11. Culture Confiture dit :

    @ ray ban wayfarer : ça fonctionne !

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