À la découverte de l’art avec “La nuit au musée 2″

Si vous voulez donner envie aux enfants de découvrir des œuvres d’art du 20ème siècle, je vous incite vivement à les emmener au cinéma voir La nuit au musée 2. Pourquoi passer par le cinéma si le but final est de se rendre au musée ? Et bien pour qu’ils aient des repères, tout simplement. Mais expliquez leur bien qu’il y a une différence entre la fiction et la réalité : la nuit les poupées de cire et les squelettes de dinosaure ne prennent pas vie. Parce que bon, on ne sait jamais ce qui peut se passer dans la tête d’un petit de 7 ans. L’âge de raison je veux bien mais quand même.

Une fois la mise au point effectuée, vous n’avez qu’à leur expliquer que les œuvres présentées dans le film sont accessibles au public - oui oui, pour de vrai - exposées dans des musées. Alors forcément, l’action du film se situe à New-York et à Washington D.C. donc je dois l’admettre, ça n’est pas la porte à côté. Sauf que certaines  œuvres existent en plusieurs exemplaires et sont donc également présentées en Europe, en tant que collection permanente ou bien lors d’expositions temporaires.

Voici la bande-annonce du premier film histoire de se faire une idée.

Dans le second film, l’histoire se déroule entre le Musée d’Histoire Naturelle de New-York et le Smithsonian Institute, le plus grand complexe de musées au monde situé à Washington D.C. C’est une comédie familiale mais ne nous contentons pas de cette étiquette un peu simpliste. Il faut voir au-delà du film. Outre le fait que les comédiens sont assez bons et que le film est drôle, nous avons accès, via l’image, à une multitude de références culturelles. Les enfants, surtout les non américains, ne cerneront probablement pas tout mais qu’importe. C’est l’occasion, après le film, de revenir sur ce qui leur a plu dans les différents musées : squelette de dinosaure, peinture, sculpture, aviation, personnages en cire…?

Le film fait principalement référence à l’histoire des États-Unis via des personnes ayant existé. Ainsi, on retrouve Theodore Roosevelt, Sacajawea et Octavius déjà présents dans le premier film.

Cette suite met également en scène Albert Einstein, Abraham Lincoln ou encore l’aviatrice Amelia Earhart. Mais elle intègre surtout des tyrans comme Ivan le Terrible, Al Capone ou Napoléon - magistralement interprété par Alain Chabat.

La Nuit au musée 2 est le premier film d’action et d’aventure à avoir été tourné au Smithsonian Institute. Comme le montre bien l’intrigue, il s’agit d’un complexe de 19 musées et de centres de recherches situé, pour la plupart, sur le National Mall entre le Washington Monument et le Capitole.

Sachant qu’il détient plus de 136,5 millions d’objets et de spécimens du patrimoine américain, je pense que vous pouvez trouver quelque chose qui vous intéresse.

Pour l’anecdote, le Smithsonian a été fondé grâce aux fonds légués aux États-Unis par James Smithson, un homme de sciences anglais qui souhaitait « l’expansion et la diffusion du savoir ». Le plus fou, c’est que ce James Smithson n’a jamais mis un pied sur le territoire américain, ce qui ne l’a pas empêché d’offrir à ce pays 500 000 $ de l’époque, soit 10 millions de dollars actuel ! Au final, ce sont 25 millions de visiteurs qui viennent, chaque année, découvrir ou redécouvrir les chefs-d’œuvres qu’il abrite.

Bien évidemment, les peintures et les sculptures présentées dans le film ne sont pas les originaux. Idem pour certaines salles. Le chef décorateur Claude Paré a du reconstruire des répliques réalistes en studio. ” Notre décor n’est pas une copie exacte de l’original, mais je ne serais pas surpris d’apprendre que le lendemain de la sortie du film, des membres du comité directeur auront demandé qui a autorisé le tournage d’un film dans la National Gallery of Art ! “. Certaines scènes ont tout de même étaient tournées dans le vrai musée mais à la seule condition de tourner durant les horaires d’ouverture au public, donc avec le public autour. Forcément, ça complique un peu les choses et Ben Stiller (le héros) a finalement joué, un peu comme au théâtre, devant des spectateurs médusés.

Je vous propose de nous rendre directement à la National Gallery of Art (NGA), l’un des musées les plus important de la ville et du pays. Celui-ci est subventionné par l’état fédéral et surtout, son entrée est gratuite pour les collections permanentes ! Le musée est si grand qu’il est composé de deux bâtiments. À l’Ouest, on trouve les œuvres du Moyen-Âge au XIXème siècle dont les toiles de Rembrandt, Van Gogh ou encore Monet. Dans la partie Est on retrouve l’art moderne et contemporain. Focalisons-nous sur cette zone puisqu’on la voit bien dans le film.

Voici cinq œuvres majeures du XXème siècle qui interviennent dans le long-métrage :

V-J day in Times Square (1945) - Alfred Eisenstaedt

Cette célèbre photo a été prise par le photo-journaliste d’origine allemande, Alfred Eisenstaedt. Ce cliché a tout d’abord été publié dans le magazine LIFE dont il était l’un des plus grand photographe. Depuis, cette photo a fait le tour du monde. On y voit un marine américain embrassant goulument une infirmière afin de célébrer la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Elle a été prise au sud de la 45e rue, là où Broadway et la 7th Avenue convergent. On aperçoit Times Square à l’arrière plan.

Pas de chance pour Victor Jorgensen, un journaliste de l’U.S. Navy qui a prit quasiment le même cliché. Intitulé Kissing the War Goodbye, on voit moins Times Square et le couple n’est pas cadré plein pied. En effet, même si sa photo a été publiée dans le New York Times, contrairement à celle de Eisenstaedt, ce cliché est tombé dans le domaine publique. Jorgensen n’était pas considéré comme un artiste mais simplement comme un employé du gouvernement fédéral.

Pour l’anecdote, sachez qu’en 1980 le magazine LIFE a cherché à découvrir qui étaient l’homme et la femme de la photo. Onze hommes et trois femmes déclarèrent être les fameux marin et infirmière. Aucun élément n’a pu prouver qui était l’homme mais pour la femme, il est fort probable qu’il s’agisse d’Edith Shain. Venue fêter avec une autre amie infirmière, la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elle n’eut pas le temps de réagir quand un marin l’attrapa et l’embrassa. Elle se dit qu’elle n’allait pas refuser un baiser à l’un de ceux qui s’étaient battus pour gagner la guerre. Elle attendit de longues années avant de se faire connaître auprès du photographe a qui elle écrivit une lettre. Après s’être rencontré, Edith Shain et le photographe Alfred Eisenstaedt devinrent amis.

Balloon Dog (Magenta) (1994-2000) - Jeff Koons

Après avoir longtemps travaillé comme trader à New-York, Jeff Koons s’est lancé dans l’art. Il a toujours cherché à mélanger plusieurs concepts en utilisant, entre autre, des objets du quotidien. Ainsi, il plonge dans la culture populaire, pas seulement américaine et tente, en s’appropriant des objets, de comprendre « pourquoi et comment des produits de consommation peuvent être glorifiés ». En cultivant un goût prononcé pour le kitsch, Jeff Koons déplaît à certains - voir la controverse autour de l’exposition qui a eu lieu au château de Versailles en 2008 - mais intéresse les riches milliardaires qui se disputent ses œuvres uniques ou créées en série limitée. Aux enchères, une œuvre du même genre s’est vendue près de 13 millions de livres (environ 16,3 millions d’euros).

Parmi les plus grands collectionneurs, il y a François Pinault (ancien président de Printemps, La Redoute…) qui a entre autre acheté le Palazzo Grassi à Venise, un palais transformé en musée dans lequel il a, un temps, exposé une partie de sa collection personnelle. Ainsi, on a pu voir pendant plusieurs mois, devant le musée, c’est-à-dire face au grand canal, le Balloon Dog (Magenta).

Cette sculpture d’environ trois mètres représentant un chien en ballon noué semble légère comme de l’hélium mais est faite, en réalité, d’un acier inoxydable chromé. L’artiste dira de son œuvre ” it’s about celebration and childhood and color and simplicity “.

La petite danseuse de quatorze ans ou Grande danseuse habillée (1878-1880) - Edgar Degas

Edgar Degas était un artiste aux multiples talents (peinture, sculpture, photographie…) de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Extrêmement célèbre, on l’associe surtout à ses travaux sur la danse. En effet, ce thème marquera l’ensemble de la carrière de l’artiste. Vouant une véritable admiration pour les ballerines, il les représentait en répétition, en coulisses et lors des prestations. Selon lui ” elles étaient comme des étoiles dont notre regard ne pouvait se détacher “. À partir des années 1880, Degas se pose la question d’une sculpture « impressionniste ». Il réalise ainsi une centaine de modèles de danseuses en cire qu’il peint et accessoirise. Elles ne sont pas destinées à être vues mais à fixer le mouvement en vue de futures peintures. Et ça n’est qu’après le décès de l’artiste que l’on découvrit tout ça dans son atelier. Une seule sculpture de cette série avait été présentée au public lors de la sixième exposition impressionniste de 1881. Il s’agit de La petite danseuse de quatorze ans. Il existe plusieurs tirages dont un en bronze patiné réalisé entre 1921 et 1931 par le fondeur Hébrard et conservé au Musée d’Orsay de Paris - où que vous soyez en France, Paris sera toujours moins loin que Washington.

Cette sculpture en ronde-bosse représentant une danseuse en quatrième position a été réalisé d’après la jeune ballerine Marie van Goethem alors élève à l’opéra de Paris et vivant près de l’atelier de l’artiste. Elle mesure presqu’un mètre et est accessoirisée, pour plus de réalisme, d’un tutu de ballet en gaze et d’un ruban en tissu dans les cheveux. Cependant, les amateurs d’art et la critique reçurent de manière négative cette statuette. Ils reprochèrent justement un réalisme trop important et accusèrent l’artiste d’avoir représenté la fillette de manière “bestiale”. Depuis, cette œuvre fait partie des sculptures les plus célèbres dans le monde de l’art.

Voilà une photo extraite du film La nuit au musée 2 où l’on voit le personnage féminin faire quelques pas de danse avec la célèbre ballerine.

American Gothic (1930) - Grant Wood

Cet artiste américain a passé la majeure partie de son existence dans le Middle West, en Iowa. Après avoir suivit des cours de design à Minneapolis, Grant Wood alla étudier le dessin en Europe, entre autre à l’Académie Julian de Paris (actuel ESAG Penninghen). Influencé entre autre par les peintres naïfs tel le douanier Rousseau, ses peintures se rapprochaient du fauvisme et de l’impressionnisme. Mais c’est en étudiant un temps à Munich qu’il découvre l’art de la Renaissance du Nord et de la Nouvelle Objectivité. De retour aux États-Unis, il change sa touche et sa technique de manière radicale. Son œuvre majeure, American Gothic, à la rigidité frontale, fait penser aux peintures nordistes de Dürer et Van Eyck.

Cette huile sur bois, simple d’aspect, représente un homme et une femme à l’allure typiques des habitants du Middle West, sa région d’origine, posant devant un ferme de l’Iowa. Cette peinture fit polémique lors de sa présentation à l’Art Institute of Chicago. On accusa le peintre d’avoir caricaturé les fermiers de l’américaine profonde alors que celui-ci avait, au contraire, cherché à être le plus réaliste possible. Au-delà des polémiques, beaucoup tentèrent de trouver des significations autres que ce que l’on voit au premier abord, trouvant cette peinture mystérieuse et ambigüe. Beaucoup de questions furent posées concernant la maison de style gothique Carpenter, la position de la fourche (pointe vers le haut) ou la situation familiale des personnages (père et fille ? mari et femme ?). À cette dernière question, sachez que les modèles ne sont autre que Nan, la sœur de l’artiste alors âgée de 30 ans et à ses côtés, Dr. Byron McKeeby, le dentiste de famille de 62 ans. Une photo prise à l’époque de la peinture les représente.

Cette peinture est aujourd’hui l’une des oeuvres les plus représentées de l’art américain du XXème siècle.  Véritable icône culturelle à l’instar de La Joconde de Léonard de Vinci et du Cri de Munch, elle a été énormément parodiée. Pour exemple cette photo, pas très glorieuse, je l’admets, représentant Paris Hilton et Nicole Richie lors de la première saison de leur émission de télé-réalité The simple life qui les plongeait dans la vie rurale américaine. Cette vision version XXIème siècle de la peinture d’origine garde certains détails indispensables (la fourche, la salopette en jean, la maison à l’arrière plan).

Le penseur (vers 1880) - Auguste Rodin

Né dans une famille rurale et modeste, Auguste Rodin entre, dès 14 ans, à “la petite école” (renommée depuis l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, ENSAD). Aux côtés d’Antoine-Louis Barye, il découvre la sculpture. Suivant l’avis du sculpteur Hippolyte Maindron, il tente de rentrer à l’École des Beaux-Arts. Cependant, malgré sa réussite à l’épreuve de dessin, il échouera trois fois à celle de la sculpture. Comment l’un des sculpteurs les plus importants du XXème siècle a-t-il pu échouer à cette épreuve ? Tout simplement parce que son style n’était pas conforme aux traditions néo-classiques qui étaient de mise aux Beaux-Arts.

Rodin devra attendre l’âge de 37 ans avant que son talent soit reconnu. Sa première grande œuvre, L’Âge d’airain, est une statue en grandeur nature en plâtre d’un jeune homme. Celle-ci donne une telle impression de vie que l’artiste sera accusé d’avoir directement fait le moulage sur un être vivant. Heureusement, des experts viendront réparer cette rumeur en prouvant son génie. Arrivent alors, en masse, les commandes officielles. En 1880, l’État français lui commande La Porte de l’enfer inspirée par La Divine Comédie de Dante et des Fleurs du mal de Charles Baudelaire pour le futur musée des Arts décoratifs du Musée du Louvre. Cette œuvre de 7 m de haut et 8 tonnes, est la plus monumentale de sa carrière. Elle ne sera d’ailleurs fondue et livrée qu’après sa mort. Elle est désormais visible dans le jardin du Musée Rodin de Paris (ex. Hôtel Biron, son ancienne demeure). Chaque statues de cette porte représente un personnage du poème. À l’origine, le Penseur était Dante, méditant sur son poème face aux portes de l’enfer et le plâtre ne mesurait que 71,5cm. Les autres statues - Le Baiser, Fugit Amor… - ayant servie de préparation à la réalisation de la porte n’ont pas pour autant été réunies.

Cet homme en train de méditer, perdu dans les profondeurs de son âme, semble devoir faire face à un profond dilemme. Mais on ne peut qu’être troublé en voyant cette homme à la musculature saillante complètement imperturbable. La véritable force est à l’intérieur, là où se logent les angoisses des êtres humains. Toute cette puissance retenue représente à la fois la réflexion et la poésie. Lors de sa première exposition en France en 1904, cette statue provoqua aussi bien du mépris que de l’amusement. Depuis, une vingtaine de moulages de la sculpture ont été réalisé par la fonderie Rudier (dont une partie durant le vivant de l’artiste). Ces œuvres sont réparties un peu partout dans le monde, entre autre dans les jardins du Musée Rodin donc vous avez plus de chance de la voir un jour en vrai.

Dans La nuit au musée 2, le penseur a une attitude beaucoup moins sage mais je ne vous en dis pas plus !

Maintenant que vous en savez davantage sur ces cinq œuvres majeures, retrouvez-les dans le film mais surtout, allez les voir dans les musées. À Paris pour certaines ou au Smithsonian pour les autres, c’est encore là qu’elles sont le plus impressionnantes.

Je vous renvois sur la page en français référençant les différents musées du Smithsonian Institute. Et pour les enfants, le site Internet du National Gallery of Art propose des activités autour des œuvres exposées. De même, après avoir vu le film, consultez sur le site web du Smithsonian, l’espace spécifique concernant les coulisses du long-métrage.

Pour finir, voilà la bande-annonce de La nuit au musée 2. Il s’agit de la version française, moins drôle que la version américaine mais qui a le mérite de révéler moins de gags, histoire d’avoir encore des surprises une fois au cinéma.

© Crédits photos La nuit au musée 2 - 20th Century Fox - Tous droits réservés

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