Les secrets d’Amélie Poulain

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain vous connaissez probablement tous ou presque. Bon allez, voilà la bande-annonce pour les retardataires.

Inutile de revenir sur l’histoire qui a emballé plus de 9 millions de spectateurs en France et plus de 32 millions à travers le monde. Inutile d’évoquer la carrière de Jean-Pierre Jeunet, de Delicatessen à Alien, la résurrection. Inutile également de vous parler d’Audrey Tautou, désormais célèbre grâce au rôle d’Amélie.

Précisons tout de même que ces deux là se sont bien trouvés et qu’ils viennent d’achever leur troisième collaboration. Après le succès d’Amélie… qui révéla Audrey Tautou, Jean-Pierre Jeunet fit appel à elle pour Un long Dimanche de Fiançailles. Pour finir, ils viennent d’achever ensemble le tournage du nouveau spot pour le parfum Chanel n°5 dont la jeune femme est la nouvelle égérie. Cette publicité sera bientôt diffusée partout dans le monde.

Maintenant que les présentations sont terminées, allons voir l’envers du décor. Mais avant de découvrir les petites anecdotes liées au Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, replongez-vous dans son univers en écoutant (librement et gratuitement sur Deezer) la bande-originale composée par Yann Tiersen.

Vous pouvez également admirer une interprétation d’un genre nouveau de Comptine d’un autre été. Même si les notes et le rythme sont les bons, la bande-son, elle, est extraite du CD.

Commençons par évoquer une anecdote concernant la musique du film. Le hasard fait souvent bien les choses car c’est en allant sur le tournage du film, dans la voiture d’une stagiaire, que Jean-Pierre Jeunet a entendu pour la première fois la musique de Yann Tiersen. ” Je ne connaissais pas. C’était bouleversant, tellement c’était ça ! J’ai appelé, et il mixait à côté d’où on montait. On s’est rencontré trois jours après. Le quatrième, il était au boulot. Comme il finissait son album, il n’avait pas trop le temps. Il n’a donc composé “que” 19 morceaux en une semaine ou deux et il nous a permis de piocher dans tous ses disques. C’était incroyable, parce que l’on avait nos images, et il n’y avait plus qu’à choisir, et c’était la difficulté car tout marchait “.

Ce qui plaît particulièrement dans ce film c’est l’aspect universel et anodin des anecdotes concernant les personnages : Amélie aime plonger la main au plus profond d’un sac de grain, briser la croûte des crèmes brûlées avec le dos de la petite cuillère et faire des ricochets sur le canal Saint-Martin. De la même manière, les habitudes et les plaisirs de chacun sont évoqués avec légèreté et justesse. Jeunet avait déjà listé des J’aime/j’aime pas dans son court-métrage Foutaises.

Où Jean-Pierre Jeunet a-t-il déniché toutes ces idées ? Tout simplement en puisant dans ses souvenirs personnels ou racontés. Au fil des ans il a listé des anecdotes, des histoires vraies insolites… Selon lui, en réunissant tout ça, il avait dix sujets de films. La difficulté a donc été de trouver un fil conducteur à l’ensemble : un personnage qui, au travers d’objets et d’histoires, change la vie des autres. ” Le film a longtemps macéré dans ma tête qu’à force de ne pas vouloir venir, à un moment, il a fini par tomber comme un fruit mûr et par s’organiser assez facilement “. C’est ainsi que le personnage d’Amélie Poulain est né.

Parmi les objets importants pour l’histoire du film, citons tout d’abord la vieille boîte à souvenirs qu’Amélie découvre derrière une plinthe de son appartement. Si l’on regarde de plus près, il s’agit en fait d’une boîte de bergamotes. Ce choix n’est pas anodin puisqu’il fait directement allusion aux origines lorraines de Jean-Pierre Jeunet.  Et ça n’est pas le seul élément qui fasse référence à l’histoire personnelle du réalisateur.

Comme la petite Amélie, Jean-Pierre Jeunet avait un poisson rouge - nommé Cachalot - également suicidaire. De même, il aimait faire des ricochets sur l’eau lorsqu’il était petit.

Autre élément, les tableaux qui trônent au-dessus du lit d’Amélie. Ils ont été réalisé par Michael Sowa, un auteur-illustrateur jeunesse dont Jeunet aime particulièrement le travail. Pour les besoins du film - les animaux des tableaux parlent - certaines œuvres de Sowa ont été recomposé numériquement puis animé.

Concernant l’album photo de Nino Quincampoix, il ne s’agit absolument pas d’une invention sortie tout droit de l’imaginaire du scénariste. Non, en réalité il s’agit d’une référence à la collection de Michel Folco, photographe et écrivain : ” C’était il y a vingt ans. J’ai été pris d’une curieuse manie: redoutant de marcher sur les crottes de chien, je regardais constamment au sol. On trouve beaucoup de choses sur les trottoirs, moi ce sont les photos qui m’ont intéressé. J’en ramassais et j’ai commencé à les accumuler. A ce moment-là, je me suis pris au jeu: j’ai eu envie de collectionner des photos trouvées, et donc d’aller en trouver dans des Photomaton et autour. J’habitais à côté de la gare de Lyon et, naturellement, j’ai cherché dans les gares “. (Pour lire le reste de l’interview de Michel Folco, je vous invite à consulter l’article disponible sur Libération.fr.)

Michel Folco a présenté son album à Jeunet, quelques années avant le projet d’Amélie Poulain. Le réalisateur, ayant apprécié l’originalité de la démarche, décida de l’inclure dans son film. Malheureusement, le droit de la propriété intellectuelle en France a empêché Jeunet d’utiliser ledit album. Il a donc été contraint d’embaucher des figurants afin de reconstituer un album plein de clichés de photomatons.

Peu de temps après la sortie du film, un livre intitulé Le Fabuleux Album d’Amélie Poulain a été publié aux éditions des Arènes. Il contient entre autre la copie des pages de l’album de Nino Quincampoix.

Avant de faire carrière au cinéma, Jean-Pierre Jeunet a travaillé comme technicien aux PTT à Paris. ” Je suis arrivé à Paris en 1974 (…) je découvrais en même temps Paris avec cet œil neuf du provincial et c’est ce que j’ai essayé de retrouver dans Amélie, un Paris qui n’existe pas mais rêvé “. Une bonne partie des scènes ont été tournées dans le quartier de Montmartre, dans le 18ème arrondissement de Paris. Le réalisateur habite d’ailleurs tout près du “Café des 2 Moulins” dans lequel Amélie est serveuse. Depuis la sortie du film, le lieu est toujours plein, les touristes affluant comme s’il s’agissait d’un pèlerinage (15, rue Lepic). Idem pour “L’épicerie Collignon” située rue des trois frères.

Bien sûr, pour les besoins du tournage, les environs ont été nettoyé, repeint et ce qui ne pouvait pas être modifié en vrai l’a été numériquement en post-production. Qu’importe les détracteurs qui critiquent un Paris qui n’existe pas, trop proche d’un univers des cartes postales. C’est cet aspect si particulier qui fait l’esthétique du film. D’ailleurs, les créateurs de la série télé Pushing Daisies avouent s’en être inspiré (ils ont également repris un style de narration assez semblable).

Le titre du film n’a été définitif que tardivement. En effet, Jeunet voulait l’intituler Amélie des Abbesses en référence à la station de métro située au cœur du quartier de Montmartre. D’ailleurs, la station Abbesses que l’on voit dans le film n’est pas la vraie puisqu’elle ne comporte pas de grands cadres autour des affiches. Il s’agit en fait d’un quai désaffecté de la station Porte des Lilas qui reçoit régulièrement des tournages de cinéma. Quoi qu’il en soit, la précision Abbesses n’était pas assez parlante pour toucher un large public.  Le titre anglais, Amélie from Montmartre, se rapproche quand même du titre d’origine. Au final, le titre Le fabuleux destin d’Amélie Poulain s’inspire à la fois du film de 1941 avec Sacha Guitry, Le Destin fabuleux de Desiree Clary et d’un film de 1995, Le Fabuleux destin de Mme Petlet, dans lequel on trouve Maïté.

Le choix du prenom d’Amélie vient du fait que le personnage a un petit quelque chose avec celui interprété par Emily Watson dans Breaking the Waves. C’est d’ailleurs cette actrice anglaise qui devait interprêter le rôle principal - le scénario avait alors été légèrement modifié pour intégrer une enfance en Angleterre - mais au dernier moment elle annula sa présence sur le film. Jeunet chercha alors une jeune actrice française et envoya le scénario à Audrey Tautou après avoir vu ses grands yeux foncés sur l’affiche du film Vénus Beauté (Institut).

Quel fabuleux destin que celui du film. Pourtant Jeunet disait ” Je me souviens qu’après Alien, la résurrection, j’avais très envie de revenir en France pour faire un “petit” film avec mes copains ! “. Plus petit que les grosses machines hollywoodiennes certes mais tout est relatif. Au final, presque 2 millions d’entrées dès la première semaine d’exploitation, des louanges dithyrambiques jusqu’aux Etats-Unis, où le journal Variety y voit « un événement dans l’histoire du cinéma » et où le New York Times sélectionne le film parmis les ” 1 000 meilleurs films jamais réalisés “. Ajoutons à cela des Césars - dont meilleur film et meilleur réalisateur mais aucun pour Audrey Tautou en tant que meilleure actrice - le prix du Film Européen de l’année et plusieurs nominations aux Oscars.

Surfant sur le succès mondial du film, les restaurants McDonald’s québécois ont utilisé, sans autorisation, le slogan « Le délicieux festin d’Émilie Poulet » afin d’accroître la vente de leurs nouvelles “languettes” de poulet. Comme quoi il y en a qui n’ont peur de rien !

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3 commentaires pour “Les secrets d’Amélie Poulain”

  1. » Archive du blog » Audrey Tautou s’affiche dit :

    [...] personnage d’Amélie Poulain est évidemment présent puisqu’elle est au centre du film. Au final, le titre change mais [...]

  2. Christophe dit :

    Amélie Poulain passe son temps à observer les gens et à laisser son imagination divaguer.
    Elle s’est fixé un but : rendre les gens heureux…
    Se trouve ici mon album vidéo :
    http://www.youtube.com/user/TheAlchemiaStudio

  3. Les anecdotes d’Amélie Poulain | La France méconnue des francophones dit :

    [...] Ce qui plaît particulièrement dans ce film c’est l’aspect universel et anodin des anecdotes co… [...]

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