La belle lisse poire du prince de Motordu

Aujourd’hui, je vais vous parler d’une belle histoire mais pas de n’importe laquelle, non, de la plus belle lisse poire que je connaisse : celle du prince de Motordu !

Euh, connais pas, ça se trouve où Motordu, dans le Rhône ? ” Pas tout à fait mais presque. Motordu existe dans les livres de Pef, originaire de cette région mais avant tout célèbre auteur et illustrateur de livres jeunesse.

Mais Pef je croyais que c’était le pseudo de Pierre-François Martin-Laval, comédien rigolo qui s’est illustré dans la troupe des Robins des Bois ? ” C’est vrai mais avant lui est apparu, dans le monde de la littérature, un autre Pef, diminutif de Pierre Elie Ferrier. Selon l’auteur, ça pourrait également signifier “Petit Écrivain Francophone, Parfait Enfant Fou ou encore Pélican Ému Fragile“. Mais qu’importe.

Né au sein d’une famille d’instituteurs en 1939, Pef a passé son enfance dans une école puisqu’ils habitaient le logement de fonction attenant (ouah, ça fait bizarre, j’ai l’impression de faire mon autobiographie…. sauf que je suis une fille et je ne suis pas née en 1939. Bref, fermons cette parenthèse nostalgique).

Après avoir pratiqué plusieurs métiers comme journaliste, illustrateur pour l’industrie automobile et cosmétique, rédacteur en chef de la revue Virgule… Pef collabore avec la chanteuse pour enfant Anne Sylvestre, ce qui lui permet de se faire remarquer par des maisons d’édition jeunesse. Il se lance, en 1978, dans l’écriture de son premier livre dédié à sa grand-mère. Pef signe l’écriture mais également le dessin, l’un n’allant pas sans l’autre. Plus tard, sa femme Geneviève, peintre, le rejoint pour s’occuper de la mise en couleur.

Puis, en 1980, Pef publie une histoire d’un genre nouveau, celle du prince de Motordu. Celui-ci déforme les mots et les expressions comme le font souvent les enfants lorsqu’ils veulent répéter des mots. Pef se charge alors d’illustrer, à la lettre, les expressions tordues de son personnage, ce qui apporte un attrait comique à l’ensemble du récit.

Voilà un extrait du livre afin de mieux comprendre cet exercice de style.

Le Prince de Motordu mène la belle vie dans son chapeau au-dessus duquel flottent des crapauds bleu, blanc, rouge (…) Il ne s’ennuie jamais : l’hiver il fait des batailles de poules de neiges, le soir il joue aux tartes (…) Lorsqu’il fait plus doux, on peut le voir filer sur son râteau à voiles “.

Un jour, le prince rencontre une jolie institutrice qui va lui apprendre à ne plus mélanger les mots.

Parfois, une histoire naît d’une petite phrase, d’une anecdote comme l’explique l’auteur :

Quand j’étais petit, ma maman, c’était la princesse Dézécolle. C’était en 1947. Chaque matin, comme j’habitais dans une école, c’était moi qui allais ouvrir la porte de l’école à mes copains. Ils m’attendaient de l’autre côté de la grille. Et tous les matins, ils me posaient une question : « Alors, c’est ouvert ? » Et un jour, j’ai répondu : « Non, c’est tout bleu » Et ils ont ri bêtement. Mais moi, du haut de mes 7 ans, je me suis dit que j’avais gagné une bataille extraordinaire : j’avais réussi à faire rire des enfants plus âgés que moi ! C’était le premier jeu de mots qui m’a fait remarquer que le vocabulaire, ça pouvait se déformer. Et c’est dans ces souvenirs d’enfance que j’ai puisé les idées du prince de Motordu “.

Dans ce récit, les enfants découvrent avec humour les subtilités de la langue française. Les enseignants auront d’ailleurs vite fait de mettre au programme cet ouvrage afin de travailler sur la modification d’une seule lettre (singe/linge – malade/salade), le groupement de plusieurs mots en un seul (des écoles/Dézécolle – mots tordus/Motordu), les jeux sur la sonorité (histoire/lisse poire – glaçons/garçons), les jeux de mots (maux de tête/mots de tête), les associations, pas toujours évidentes pour les plus jeunes (la « toiture » creva. Quelle tuile !) ou encore sur la mixité des méthodes (jeune flamme/braise des bois).

Selon le philosophe Marc Soriano, ” En apparence impertinents et anti pédagogiques, les livres de Pef se sont révélés au contraire efficaces et novateurs en pédagogie. Grâce à eux, le jeune lecteur n’a plus peur du langage. En jouant avec lui, il apprend à s’en rendre maître “.

Grâce à cette histoire, les enfants goûtent au plaisir du langage et de la lecture avec, ensuite, l’envie de faire attention aux mots pour mieux les déformer.

Auteur militant contre l’illettrisme, Pef passe la moitié de son temps à écrire des histoires pour les enfants. Il consacre l’autre moitié à voyager à travers le monde, dans les classes, afin de rencontrer les nouvelles générations. Au travers de ses ouvrages il leur parle d’humour et de liberté.

La belle lisse poire du prince de Motordu est son plus beau succès. Vendu à plus de 750 000 exemplaires, il a offert à son auteur le grand prix spécial Sorcières, le prix Humour Loisirs-Jeunes et le prix d’illustration de la ville de Bari (Italie). Ces fabuleuses reconnaissances l’amènent à collaborer régulièrement avec des instituteurs et des orthophonistes. Fort de son impact sur les élèves, plusieurs écoles et bibliothèques ont été renommées du nom de l’auteur-illustrateur.

Le succès n’est pas seulement celui d’un livre. Il est celui de la liberté et de la poésie. Il récompense la prise de pouvoir des enfants sur le langage et leur grande disponibilité envers cet outil qu’est la langue, véritable pâte à modeler, jouet inusable et gratuit “.

En déjà 30 ans de carrière, Pef a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, la plupart chez Gallimard Jeunesse. Il a évidemment continué les aventures du prince de Motordu.

Il a créé d’autres histoires qui ont tout autant marqué mon enfance de par le ton et la justesse du propos servi avec humour.

Il a également illustré les ouvrages d’autres auteurs dont plusieurs sur la Seconde Guerre Mondiale.

Ayant toujours la volonté d’un apprentissage parallèle disponible à l’école, Pef a créé des méthodes de lecture, mathématique et géographie.

Je vous invite à en apprendre davantage sur le travail de Pef au travers de cette vidéo interview.

Comme pour la plupart des livres à succès, une adaptation en dessin animé a vu le jour. Le trait est un peu plus lisse, mais l’humour est tout aussi présent.

Autre aventure télévisuelle à signaler dans les années 90, celle de la série Les Pastagums avec un autre auteur de littérature jeunesse, Alain Serres. Cette histoire parle d’un groupe d’élèves. Au final, Pef n’aura jamais quitté les bancs de l’école !


« Le prince de Motordu (…) a inventé une langue, aux enfants de se l’approprier ».

© Pef, livre-illustration, fnac, motordu, crdp, Roby0888, gallimard-jeunesse

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7 commentaires pour “La belle lisse poire du prince de Motordu”

  1. isamicha dit :

    bravo a toi de parler de ce livre !! je l’ai lu enfants et j’ai bien l’intention de le faire lire a mes enfants ! je ne sais pas si tu sais mais il est utilisé chez les orthophonistes pour les enfants dyslexique !! alors encore plus bravo !

  2. Culture Confiture dit :

    @ isamicha : J’ignorais qu’il était utilisé par les orthophonistes mais c’est finalement très logique puisqu’il oblige l’enfant à bien prononcer, à se concentrer sur ce qu’il lit et ce que le prince de Motordu voulait dire en réalité.

    C’est le genre de livres dont je remplirai la bibliothèque de mes futures progénitures
    :D

  3. » Archive du blog » Le Tag Lecture dit :

    [...] j’étais petite je suis allée dans des salons du livre. Je me souviens avoir vu Pef (Le Prince de Motordu) ainsi que quelques auteurs dont les romans étaient publiés à l’École des [...]

  4. MANON dit :

    j adore les partie de tarte et le livre de LE THEATRE DE MOTORDU JE n ai pas envie de voir la salle a danger

  5. MANON dit :

    LE BON ROI DAGOBERT le bon roi dagobert a pris l autoroute en marche arriere le grand saint-eloi lui dit o mon roi votre majeste et mal engagee c est expres lui dit le roi au peage on me remboursera LE PRINCE DE MOTORDU

  6. MANON dit :

    les calottes rate

  7. Culture Confiture dit :

    @ MANON : véritable fan dis donc !

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