Tomi Ungerer

Lorsque je repense à mes lectures d’enfance je revois surtout des couvertures de livres et certaines affiches de la collection L’école des loisirs accrochées dans la bibliothèque. Au final, même si je me souviens de l’histoire, le visuel reste très présent dans mon esprit. Si je vous dis Le géant de Zéralda, Le chapeau volant ou encore Les trois brigands, peut-être verrez-vous le lien entre ces livres pour enfants ? Et bien ils ont tous été écrits et illustrés par Tomi Ungerer.

Il aura fallu attendre vingt ans pour que je sache enfin qui était ce grand monsieur qui m’avait emmené en voyage au travers de ses livres. De passage à Strasbourg, c’est sans savoir que je suis allée visiter le musée de cet illustrateur strasbourgeois. Une fois à l’intérieur, j’ai remarqué que le trait de certains dessins ne m’étaient pas inconnus. ” Étrange… Pourtant, je ne connais pas cet artiste ” et bam, la révélation, c’est lui qui a écrit plusieurs de mes livres préférés (quand j’avais 6-8 ans).

Les livres d’Ungerer abordent souvent le thème de la différence. De cette manière, l’auteur tente d’envoyer un message de paix et de sensibiliser la jeunesse sur la nécessité du respect mutuel et de la solidarité à travers l’union des capacités de chacun. Et comme le dit si bien l’auteur « Les enfants n’ont pas besoin de livres pour enfants, mais d’histoires bien racontées ».

Voilà donc ce que je connaissais de son travail avant la visite.

Grâce à ce musée extrêmement complet j’ai pu découvrir d’autres aspects du travail et du talent de Tomi Ungerer.

Né en 1931, Jean Thomas (dit Tomi) Ungerer est alsacien. Son père, horloger, lui transmet le goût des jouets mécaniques. Au fil de sa vie, il s’est d’ailleurs constitué une collection incroyable de plusieurs milliers de pièces. Certains dessins en sont inspirés. Dans les années 70, il a fait don de ces derniers au musée de Strasbourg . L’autre élément important à être apparu dès son enfance : l’amour de l’art et de la littérature.

Malheureusement pour le jeune garçon, la mort de son père puis le nazisme et la seconde guerre mondiale viendront briser son enfance. C’est à cette époque qu’il commence à dessiner afin d’illustrer les injustices de l’occupant. Après quatre années d’autoritarisme, la libération apporte son lot de changements dont l’interdiction de parler l’alsacien à l’école. Son parcours scolaire sera difficile et douloureux. Ungerer, dans ses livres pour enfants et dans les ouvrages pour adultes, n’aura de cesse d’évoquer cette période de sa vie mêlant l’insouciance de la jeunesse et la douleur de la guerre.

Après avoir raté son Bac, Ungerer part à vélo et en auto-stop à travers l’Europe et jusqu’en Laponie. Toutes les scènes de vie dont il a été témoin durant son voyage sont croquées dans des carnets qu’il ne quitte pas. Il continuera à faire du dessin d’observation tout au long de sa carrière.

De retour en France au début des années 50, il s’inscrit aux Arts Décoratifs dont il sera rapidement renvoyé pour indiscipline ! C’est durant cette période qu’il est attiré par la vie culturelle et artistique américaine, grâce entre autre au dessinateur Saul Steinberg.

C’est décidé, Tomi Ungerer s’envole pour les États-Unis en 1956 avec 60$ en poche et ” une cantine de dessins et de manuscrits “. Très vite la chance est avec lui puisqu’il rencontre Ursula Nordström, éditeur chez Harper et Row. C’est elle qui lui donnera sa première chance de publication en 1957 avec son premier livre pour enfants The Mellops go flying. Dès sa parution, l’ouvrage connaît le succès et obtient le célèbre prix du “Spring Book Festival“. Atout majeur, Ungerer est parfaitement trilingue. Il publie aussi bien en anglais qu’en allemand ou en français.

Parallèlement à ses créations pour les enfants, Ungerer réalise des campagnes publicitaires et dessine pour les revues Esquire, Life, Holiday, Harpers… C’est le New York Times qui le rendra célèbre en lui commandant une nouvelle campagne de communication.

L’écriture de livres pour adultes - citons Fornicon où il critique la sexualité mécanisée - lui apporte également la réputation d’être l’un des plus importants dessinateurs satirique et humoristique de notre temps.

Dans les années 70 il quitte New-York pour le Canada afin de prendre du recul et d’opérer un retour sur lui-même. Il n’en oublie pas pour autant l’Europe puisqu’il entame une collaboration avec une maison d’édition suisse. L’Allemagne reconnaît le talent de Ungerer et organise, à Berlin en 1962, une première grande exposition. Il part ensuite vers de nouveaux horizons en direction de l’Irlande où il vit toujours.

C’est à cette époque qu’il dessine des affiches contre la guerre du Vietnam et contre la ségrégation raciale. Cela lui vaudra d’être mis à l’index et d’être fiché comme ” communiste ” par le gouvernement américain. Ses livres seront d’ailleurs interdits dans les bibliothèques subventionnées, les dessins de Ungerer étant jugés hautement politiques.

Durant les années 80, Ungerer réalise plusieurs affiches pour ” La Fête de la Musique “.

A partir de 1985, Ungerer participe à la vie culturelle alsacienne. L’artiste revendique la fraternité entre les peuples. Une fois chargé de mission à la commission interministérielle France-RFA, il crée en 1991 la Culture Bank, à Strasbourg, pour favoriser les échanges culturels de toutes sortes.

En 1990, il reçoit la Légion d’Honneur. Puis, en 1998, le Prix Hans Christian Andersen - la plus haute distinction pour un auteur-illustrateur de livres d’enfants - lui est décerné. Fort de ce travail pour la jeunesse, en 2000, l’artiste alsacien est nommé Ambassadeur pour l’enfance et l’éducation.

L’hommage le plus important reste néanmoins la création, en 2007, de l’unique musée français consacré à l’illustration et aux créations d’un artiste de son vivant.

À propos de celui-ci Ungerer avoue : ” Le dessin, c’est l’avorton des musées, l’éternel oublié, alors que c’est un des arts les plus populaires. Pour une fois qu’il est à l’honneur, ne nous plaignons pas. J’ai un tel complexe d’infériorité que ce musée me fait du bien “.

La Collection du Musée Tomi Ungerer résulte de plusieurs donations effectuées par l’artiste lui-même depuis 1975. Elle comporte huit mille dessins originaux et estampes et un fonds documentaire important non seulement sur l’artiste mais aussi sur le thème de l’illustration, ainsi que six mille jouets provenant de la collection personnelle de l’artiste. La production couvrant près de cinquante ans de création artistique est en effet énorme : Ungerer l’évalue à un ensemble de trente mille à quarante mille dessins.

Ce qui transparaît surtout lors de cette visite du musée, c’est la diversité des moyens d’expression d’Ungerer - dessins d’enfants, illustrations, affiches, cartoons -et des styles utilisés. Afin de mieux préserver la différence, et donc l’originalité de ses idées, l’artiste a toujours refusé de se laisser enfermer dans une technique ou un genre précis (voir ci-dessus les animaux). Quelle que soit la technique employée, Ungerer privilégie la critique de la société humaine, parfois avec cruauté mais toujours avec vérité. Philippe Geluck, autre dessinateur, de dire « Ungerer, c’est aussi dépouillé qu’Hergé, mais avec des tripes et de la rage en supplément. Le trait d’Ungerer, ce serait du Hergé plus couillu, du Hergé qui aurait bu un coup et qui se lâcherait ». Mais à cela s’ajoute toujours la tendresse de l’enfance.

Les 700 m2 de ce musée, logé dans la Villa Greiner, permettent de montrer, par roulement, toutes les facettes de sa production. Pour information, toutes les oeuvres de Tomi Ungerer sont consultables sur le site du Musée (en cliquant sur le carré rose).

Pour résumer,  au +1 on découvre les affiches publicitaires et les œuvres satiriques.

Au -1, il y a entre autre ses dessins érotiques.

Et au rez-de-chaussée on trouve les illustrations des livres d’enfants.

À ce propos, son œuvre la plus connue, Les Trois Brigands, a été adaptée en long-métrage en 2007. Vu la longueur, je ne peux que vous offrir la bande-annonce. Par contre, je vous invite à découvrir le court-métrage (6′) qui reprend le livre Le chapeau volant.

Aujourd’hui âgé de 78 ans, Tomi Ungerer continue à écrire des livres pour les enfants.

© Tomy Ungerer - tout droits réservés

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