Maurice Jarre

C’est souvent lorsqu’il est trop tard que l’on s’intéresse aux grands artistes. Maurice Jarre, célèbre compositeur, est décédé avant-hier des suites d’un cancer à l’âge de 84 ans.

Vous connaissez sûrement son nom mais il est plus que probable que vous connaissiez tous les grands thèmes qu’il a composés pour le cinéma, même sans avoir vu les films auxquels ils se rattachent.

Né à Lyon en 1924, Maurice Jarre ne s’intéresse que tardivement à la musique. C’est après avoir écouté la 2e Rhapsodie Hongroise de Liszt , interprété par Léopold Stokowski, qu’il comprend quelle est sa vocation. Devenu timbalier, il joue en duo avec le futur célèbre compositeur Pierre Boulez. Mais très vite, il s’oriente vers la composition. Durant douze ans il occupe le poste de directeur musical du Théâtre National Populaire.  Il composa, entre autre, le fameux air des trompettes qui est joué avant chaque représentation de théâtre au Palais des Papes d’Avignon, chaque été, lors du festival. C’est  aussi à cette époque qu’il commence à composer pour le cinéma. Tout d’abord pour les courts-métrages de Demy, Resnais, Franju. Très vite ce dernier lui demande d’illustrer musicalement son long-métrage La tête contre les murs. Il composera aussi pour Jean-Pierre Mocky - rencontré en tant qu’acteur sur le film de Franju - avant de partir s’installer aux États-Unis au début des années 60.

Je vous propose, à travers 10 œuvres, de retracer sa carrière de compositeur de musique de film.

Le jour le plus long - 1962

Réalisé par Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald et Darryl F. Zanuck

Dès 1962 son talent devient international.

Lawrence d’Arabie - 1962

Réalisé par David Lean

Dans un film, le compositeur est le dernier maillon d’une lourde chaîne. Souvent, il se retrouve face au producteur quand ce dernier enrage de sortir son film. Alors tout va très vite. Pour Lawrence d’Arabie, on m’avait donné six semaines pour composer deux heures de musique “.

Malgré ce timing serré, Maurice Jarre compose une superbe partition pour laquelle il reçoit son premier oscar de la meilleure musique de film. Ce film va sceller sa collaboration avec le réalisateur David Lean.

Docteur Jivago - 1965

Réalisé par David Lean

Sa musique, et plus particulièrement “le thème de Lara“, lui offre son second Oscar ainsi qu’un Golden Globe de la meilleure musique de film.

” Après le succès de la musique de Docteur Jivago, le disque a battu les Beatles pendant six semaines (…) et bien après cela, j’ai attendu six mois avant d’avoir une offre pour un autre film. Je me suis demandé quelles en étaient les raisons, et j’ai pensé que certains réalisateurs s’étaient dit que désormais j’avais la grosse tête et qu’on ne pouvait plus rien me demander. (…) Les gens qui me connaissent savaient que ma tête n’avait pas gonflé de trois centimètres. J’ai eu la chance de travailler par la suite avec des gens totalement différents de David Lean dans leur approche musicale “.

Paris brûle-t-il ? - 1966

Réalisé par René Clément.

Pour ce film, il obtient une nomination aux Golden Globe.

Son installation aux États-Unis ne l’empêche pas de continuer à travailler avec des réalisateurs européens. À chaque musique qu’il compose pour un film de guerre, il évite d’utiliser les clichés des tambours battants et des hymnes patriotiques. ” Pour moi une bonne musique de film doit dire ce que l’image n’a pas su dire. Elle doit meubler une chose qui n’a pas pu se réaliser “.

L’Étau - 1969

Réalisé par Alfred Hitchcock

” Lorsque Hitchcock m’a demandé de faire la musique, il n’y a jamais eu de compétition avec (son ancien compositeur attitré) Bernard Herrmann car ils s’étaient fâchés sur Le rideau déchiré, son précédent film (…) Je voulais lui proposer des maquettes, lui faire entendre des thèmes, mais il était surpris par cette démarche. Je lui ai affirmé que c’était son film, mais il persistait à me dire qu’il fallait que je fasse ce que je voulais, il m’avait choisi en fonction de cela, en ajoutant que si cela ne lui plaisait pas, il le couperait au montage. J’ai tout de même demandé à ce qu’il soit présent à l’enregistrement de la musique, car si certaines choses ne lui plaisaient pas je pouvais l’arranger. Il est donc venu pour me faire plaisir. Il était sur son fauteuil mais après avoir joué la première séquence, je me suis retourné et il avait disparu. Il n’est ensuite plus revenu assister à mes enregistrements. Je me suis dit qu’il ne devait pas aimer. Mais finalement c’est tout le contraire, et pour me récompenser de cette musique, il m’a offert un carrousel. Il a d’ailleurs mis dans le film toute la musique que j’avais écrite. Ce fut une bonne expérience, mais j’avais l’habitude que le cinéaste me questionne, assiste à l’enregistrement, tandis que là j’étais totalement dans le noir “.

La route des Indes - 1984

Réalisé par David Lean

Jamais deux sans trois, il reçoit son troisième Oscar ainsi qu’un Golden Globes.

Maurice Jarre affirme qu’il a toujours refusé de faire du mimétisme entre l’histoire du film et le thème musical qui l’illustre, il voulait aller au-delà. David Lean était également de cet avis. ” Pour La route des Indes, il y a une séquence où le personnage féminin passe dans des jardins avec des sculptures érotiques, et David Lean me demande de retranscrire en musique ce que cette fille sent car il ne pouvait le faire voir avec une caméra. C’est typiquement ce qui est intéressant pour moi en composant pour le cinéma “.

Mad Max 3 - 1985

Réalise par George Ogilvie et George Miller

Maurice Jarre signe, à la surprise générale, la musique de ce troisième et dernier volet de la saga Mad Max. Les musiques des deux premiers films ont été composées par l’australien Brian May. C’est lors de ses voyages en Australie, pour collaborer avec Peter Weir, que Maurice Jarre rencontra George Miller qui lui proposa de participer à Mad Max 3.

Le Cercle des Poètes Disparus - 1989

Réalisé par Peter Weir.

” J’avais travaillé cinq fois avec le réalisateur Peter Weir, je travaillais très bien avec lui, il m’a demandé naturellement de faire la musique de ce film-là “. À la demande du réalisateur, Maurice Jarre compose une musique électronique - comme il l’avait déjà fait sur Witness. Dans sa partition, il ajoute quand même des instruments acoustiques comme la harpe celtique et la cornemuse écossaise.

Ghost - 1990

Réalisé par Jerry Zucker

Pour ce film, il obtient le BAFTA de la meilleure musique originale ainsi qu’une nomination aux Golden Globes.

” C’est Jerry Zucker, pour qui j’avais travaillé sur un film très satirique, qui m’a demandé de faire la musique de Ghost en me disant qu’il y aurait une chanson et que ma musique y serait associée, en me proposant soit de composer à partir des arrangements de celle-ci, soit de composer une musique complètement originale, ce que j’ai fait “.

L’échelle de Jacob - 1990

Réalisé par Adrian Lyne

Les synthétiseurs lancinants mêlés aux chœurs mystiques et aux sons venus d’on ne sait où reflètent bien les troubles mentaux du personnage principal. Maurice Jarre signe probablement dans ce film sa partition la plus envoûtante, avec une mélodie à la mélancolie infinie et obsédante.

Maurice Jarre a su créer des thèmes mythiques et impérissables. Il a traversé toute la seconde moitié du XXe siècle en sachant renouveler son art de la composition et s’adapter à des réalisateurs et des genres cinématographiques très divers.

Notons la constante modernité de ce compositeur qui n’a pas hésité à s’ouvrir à tout types d’instruments : ” J’ai toujours essayé d’inclure des sons inouïs dans mes partitions. J’ai utilisé par exemple les Ondes Martenot dont je me suis servi aussi bien chez Franju que chez David Lean. C’est un instrument qui est l’ancêtre du synthétiseur et qui a des sons que l’on ne peut même pas reproduire avec les synthés actuels. J’ai toujours voulu apporter des sons d’instruments ethniques, d’Amérique du sud, de Bali, de Pologne, c’est une habitude chez moi. Dans Soleil Rouge, j’ai utilisé des bruits étranges au sein d’une instrumentation classique. J’ai appris au conservatoire de Paris les sources des musiques ethniques, du sud-est de l’Asie, des sons russes avec les Balalaïkas que j’ai utilisés dans Docteur Jivago, des instruments percussifs d’Afrique noire… et c’est toujours une préoccupation d’inclure ces sons barbares dans des partitions modernes ou classiques “.

Pour ceux qui se poseraient la question, Maurice Jarre n’est autre que le père de Jean-Michel Jarre, maître incontesté du synthétiseur. Mais Maurice Jarre affirme ne pas avoir offert à son fils son premier synthétiseur ni avoir eu une quelconque influence… Ça reste à prouver.

Maurice Jarre n’a quasiment pas composé pour le cinéma ces dix dernières années. N’ayant pas reçu de projets qui puissent le “transporter”, il s’est davantage tourné vers la composition d’œuvres majeures pour la scène - ballets, opéra - dont Notre-Dame de Paris pour l’Opéra de Paris.

C’est à Lyon sa ville natale, qu’il a célébré, en Avril 2006, ses 50 ans de carrière en dirigeant un orchestre interprétant ses plus belles compositions pour le cinéma. Il a également reçu, entre autre, un César d’honneur en 1986 ainsi qu’un “hommage” lors du festival de Deauville de 1999.

Sa dernière apparition publique date de février dernier, au Festival de Berlin, où il a reçu un Ours d’Or pour célébrer l’ensemble de sa carrière. Bien que physiquement diminué par la maladie, il est apparu visiblement ému.

© lastfm, myskymusic, 7dc, SupportingActor, ccorujo, ostmusicmix, davepattern, webothlovesoup, sfilipin01, weild1977, Helminthiasis, cinezik, abaca, Andreas Rentz, starzik

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , ,

2 commentaires pour “Maurice Jarre”

  1. » Archive du blog » Unchained Melody dit :

    [...] Mais la version que nous connaissons tous - entendue dans le film - est celle interprétée par Bobby Hatfield du duo The Righteous Brothers. Cet enregistrement de 1965 a été écoutée pendant des décennies grâce aux jukebox. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on entend cette chanson dans le film. Notons que le reste de la bande-originale de Ghost est une création du compositeur Maurice Jarre. [...]

  2. Asdwwe dit :

    I must have missed it has Maurice Jarre died? Lawrence of Arabia is my all-time faoivrte movie. I’ve thought the soundtrack works in an operatic way, underpinning some scenes with emotion and moving the story forward.Glad to hear you’re recovering! Take care Cinda

Laisser un commentaire