Sabine Weiss
Photographe trop peu connue du grand public, Sabine Weiss fait pourtant partie de ces artistes qui ont marqué l’inconscient collectif avec ses photos. Je l’ai découverte lors de l’exposition “La photographie humaniste, 1945-1968″ qui a eu lieu à la BNF Richelieu à Paris fin 2006, début 2007. Ça m’a permis de voir les photos des contemporains de Doisneau, Ronis, Boubat & Cartier-Bresson. J’ai le souvenir d’une photo où le traitement de la lumière était sublime, à la fois puissant et pourtant naturel. L’ambiance qui se dégage de ses photos en noir et blanc est envoûtante.
C’est à 12 ans, alors de passage à Paris, qu’elle achète son premier appareil photo (avec son argent de poche dans un Monoprix!). Retour en Suisse, d’où elle est originaire, première approche, premières photos et premiers tirages également, avec l’aide de son père, chimiste de son état. Elle sera photographe ! À 17 ans, elle quitte l’école pour suivre une formation de trois ans dans le studio de Frédéric Boissonnas à Genève. Le complément de son enseignement se fera à Paris, en tant qu’assistante du photographe de mode Willy Maywald. Sabine n’a que 22 ans mais elle va apprendre ce qui sera le maître mot tout au long de son œuvre : “la lumière naturelle comme source d’émotion”.
« Mes photos (…) expriment un certain amour que j’ai pour la vie. Je photographie pour conserver l’éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître».
Au-delà même de l’aspect esthétique de son œuvre, elle a contribué à élargir les horizons et les points de vue sur les réalités de l’époque (d’où l’appellation photographe “humaniste”). Ce besoin d’authenticité se retrouve à travers le choix de ses témoignages, de ses sujets. Qu’il s’agisse de mode, de portraits de stars, de photo-journalisme ou de clichés personnels, l’individu occupe toujours une place centrale.
Passionnée par le monde de l’art en général (elle est l’épouse du peintre américain Hugh Weiss) elle a fait une série de portraits des plus grands peintres. Assistant aux séances d’enregistrement des studios Pathé, elle a également entrepris une série sur les grands noms de la musique, tel que Maria Callas et Igor Stravinski. Elle s’est aussi illustrée au travers de séries de photos de mode, entre autre pour les grands magasins parisiens.
Le photo-journalisme lui a permis de parcourir le monde, cependant sa vision est toujours restée la même, s’attachant à montrer l’humain au sein de son environnement. Parmi les thèmes qui lui sont chers on peut citer : “Les hommes et leurs croyances”, “Musiciens des villes et des campagnes”, “La rue” etc.
Elle est reconnue pour ses scènes de vie prises sur le vif et plus particulièrement les photos d’enfants, toujours simples et spontanées (comme beaucoup de photographes des années 50 dont Doisneau qui l’incita à rejoindre, à ses côtés, l’agence Rapho).
J’ai eu la chance d’apprécier l’étendue de son œuvre lors de la très belle exposition “Un demi-siècle de photographies” à La Maison Européenne de la Photographie (MEP) durant le mois de la photo 2008. Malheureusement, la plupart des ouvrages reprenant ses photos sont épuisés. Reste toujours disponible (facilement j’entends) l’album 100 photos de Sabine Weiss pour la liberté de la presse, vendu au profit de Reporters Sans Frontières (RSF) pour moins de dix euros.
Sabine Weiss aura 85 ans cette année mais ça ne l’empêche pas de continuer à parcourir le monde tout en intégrant les nouveaux équipements numériques (elle est partie trois semaines en Chine, prenant des photos avec un petit Lumix de chez Panasonic !).
© Sabine Weiss, Rapho
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